Interview du Secrétaire général de la CGTM
"Samory Ould Bèye a seulement assisté à la cérémonie d'ouverture des
négociations en 2000"
(Eveil-Hebdo n° 564 du 17 janvier 2005
Les négociations sur la convention
collective maritime, qui ont débuté depuis 2000, touchent à leur fin. A cette
occasion, la CLTM a fait une sortie médiatique pour dénoncer l'attitude de
certains partenaires sociaux, notamment le ministère de la pêche et de
l'économie maritime et une organisation syndicale de la place. Aussitôt la CGTM
et un syndicat professionnel des marins impliqué dans les discussions réagissent
dans ce qui semble une réponse du berger à la bergère, pour affirmer tout le
contraire de ce que dit la centrale syndicale de Samory Ould Bèye. Ainsi dans
cette interview, M. Mohamed Abdallahi dit Naha donne son point de vue sur le
déroulement des négociations, regrette les déclarations et les insinuations de
sa consœur….
E-H : Quelle appréciation faites-vous, pour votre part, de ces concertations?
Naha : Nous avons fait une mise au point, comme la CLTM. Le syndicat
professionnel des marins, étant le premier concerné, en a également fait une.
Mais je précise que les négociations dans le secteur de l'artisanal ont connu un
retard. Tout simplement parce qu'en certain moment, il y a eu une diversion.
Celle-ci a conduit inconsciemment les partenaires sociaux à s'attaquer aux
annexes avant de terminer le corps même de la convention, c'est-à-dire la grille
salariale. Mais, nous avons continué à pousser le département qui pilote cette
opération. Ce n'est que le 23 décembre dernier que le ministère m'a téléphoné
pour me confirmer que les négociations reprendront le dimanche 26 décembre 2004.
J'étais un peu alors bousculé. Mais puisque j'appartiens à la délégation,
désignée par arrêté, je me suis rendu à Nouadhibou le samedi. Effectivement, les
négociations ont repris le lendemain, en présence des secrétaires généraux de
toutes les organisations syndicales des marins. Par ailleurs, M. Samory Ould
Bèye n'était pas impliqué dans ces négociations. Je n'ai nullement l'intention
de taper sur qui que ce soit. Mais disons la vérité. La vérité c'est qu'il a
seulement assisté à la cérémonie d'ouverture des négociations en 2000. Il n'a
jamais pris part aux concertations, tandis que moi, j'ai préparé tous les round.
Cependant, j'en ai raté un round qui avait d'ailleurs coïncidé avec la tenue de
la session annuelle de l'OIT. Nous avons publié une mise au point, pour éviter
des polémiques autour des attaques qui nous ont été gratuitement faites. Je peux
affirmer sans crainte d'être démenti qu'il n'y a aucun point sur lequel nous
avons fait des concessions qui peuvent mettre en péril l'intérêt des
travailleurs.
E-H : Estimez-vous, comme l'a dit la CLTM, que le ministère de la pêche a
fait des blocages durant les négociations ?
Naha : Non, je ne partage pas cet avis pour la simple raison que ce n'est
pas la pression des marins qui a conduit à ces négociations. Il n'y avait pas le
feu à la baraque. Ce n'est pas non plus l'aboutissement de la lutte syndicale
quotidienne. Car c'est beaucoup plus qu'un lobbying. Je ne me tire pas la
couverture. C'est la vérité. Vous pouvez vous adresser au ministère de tutelle
où je vais au moins une fois par semaine non pas exclusivement pour cette
convention maritime mais aussi pour d'autres dossiers qui concernent la mer.
Mais qui ne sont pas sur le tapis parce que les autres organisations syndicales
ne s'y intéressent pas. Nous avons des centaines de marins, aujourd'hui admis à
la retraite, âgés de 60 ans. Ces derniers ne peuvent pas prendre leur retraite
parce qu'ils ne sont pas enregistrés à la sécurité sociale. Les employés ne leur
ont jamais en effet versé des cotisations. Mais durant notre négociation avec le
département concerné, un compte spécial leur a été ouvert. Le ministère de la
pêche s'est engagé à contribuer à hauteur de 30 millions. Le même département
ministériel négocie actuellement avec le ministère des finances pour que l'Etat
donne sa contribution. Idem avec celui du travail afin que la caisse y
participe. Il faut dire également que nous avons une caisse de solidarité avec
les marins. Son texte est présentement en négociation. Un autre dossier nous
préoccupe beaucoup. En effet, il s'agit des accords avec l'Union européenne où
souvent la partie des travailleurs est en marge. Remarquez, quand je dis
travailleurs, il ne s'agit pas seulement de ceux affiliés à la CGTM mais de
l'intérêt de tous les travailleurs.
E-H : Dans sa mise au point, la CLTM a parlé d'une organisation syndicale de la
place qui aurait aidé le ministère de la pêche pour l'écarter des négociations.
Vous avez aussitôt réagi en publiant votre mise au point. Pensiez-vous alors
qu'on faisait allusion à vous ?
Naha : Ils ne se sont pas cachés. C'est vrai, dans l'écrit ils n'ont pas
nommé la CGTM. Mais ils ont dit à tout-va qu'ils désignent la CGTM en écrivant :
une organisation syndicale de la place. Mais en quoi nous avons trahi la CLTM ?
Nous avons signé un procès verbal par rapport à une proposition de grille
salariale. En quoi nous accuse-t-on d'avoir comploté pour que la CLTM ne soit
pas sur la table des négociations alors que son premier secrétaire général du
syndicat professionnel des marins, M. Haiballa a participé aux travaux ? Notons
qu'en réalité que les négociations étaient sectorielles non pas générales. Ceci
étant, les premiers concernés étaient les syndicats professionnels. Eux seuls
étaient habilités au vu de la loi à signer. Quant aux centrales, elles ne
pouvaient faire qu'un rapport. Mais libres à elles de venir ou de ne pas venir
inciter les syndicats professionnels affiliés. On nous reproche d'avoir poussé
le ministère à re-convoquer les négociations alors que la revendication première
d'un syndicat c'est de toujours se mettre autour d'une table pour trouver des
solutions aux problèmes qui se posent. Mais qu'ils nous disent : voilà vous avez
fait des concessions graves sur tel ou tel point. C'est sur cela que le débat
devrait se porter. Pour corroborer mes dires, sachez que certaines concertations
des négociations - ayant duré cinq jours- , se sont déroulées au siège de la
permanence de la CLTM à Nouadhibou. N'est-ce pas suffisant pour dire que la
déclaration faite par la CLTM n'est qu'une pure allégation?
E-H : Si on revenait aux négociations, pourra-t-on parler d'avancées par
rapport la situation des marins ?
Naha : Les négociations ont apporté beaucoup de choses pour les
travailleurs. Surtout quand on sait que la revendication des travailleurs marins
a toujours été la liste des demandeurs d'emplois. Les armateurs n'ont jamais
accepté qu'il y ait cette liste. On n'est pas sans savoir que les embarquements
fictifs se comptent par centaines. Or l'une des avancées significatives que nous
avons réalisées lors de ces négociations c'est que désormais il y aura non
seulement une liste de demandeurs d'emplois mais aussi la présence physique du
candidat. Seuls alors les personnes qui disposent d'un livret pourront être
inscrites. Après seulement elles seront autorisées d'embarquer. Pour les
armateurs, tout est également clair. Car on ne tolérera plus qu'ils recrutent
des travailleurs selon leur gré, mais les gens inscrits sur cette liste . Cette
décision importante sera immédiatement appliquée après qu'on aura fini de
rédiger le texte final des négociations.
Propos recueillis par
Wane Abdoulaye
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