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Rapport séminaire CISL - ORAF - CGTM

 


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Confédération internationale des syndicats libres (CISL)

Organisation Régionale Africaine

(ORAF)

Confédération Générale des Travailleurs de Mauritanie (CGTM)

 

"Les défis de la mondialisation en Mauritanie: Déterminer le rôle du mouvement syndical en réponse au Rapport de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation"

 

Rapport final

  Séminaire CISL-ORAf-CGTM

Nouakchott, Mauritanie, 3-5 février 2005

 

 


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I. Constats

II. Propositions et Recommandations

- Au Gouvernement mauritanien

- Aux Institutions internationales : FMI, Banque mondiale, PNUD, UE

- A la CGTM et aux centrales syndicales


Du 3 au 5 février 2005, a eu lieu à Nouakchott un séminaire organisé par la CGTM en collaboration avec la CISL et son organisation régionale ORAf sur "Les Défis économiques et sociaux de la mondialisation en Mauritanie : Déterminer le rôle du mouvement syndical pour le suivi du Rapport de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation".

Le séminaire a rassemblé 30 syndicalistes de Mauritanie membres de la Confédération Générale des Travailleurs de Mauritanie (CGTM) ainsi que des représentants de la CISL, de l'ORAf, du Ministère de la Fonction Publique et de l'Emploi, du Ministère des Affaires Economiques et du Développement, de la Confédération Nationale du Patronat Mauritanien, de la Banque Mondiale, du FMI et du PNUD.

L'objectif principal du séminaire était d'analyser le rapport de la Commission mondiale "Une mondialisation équitable: Créer des occasions pour tous" publié en février 2004 et d'analyser les défis que soulève cette mondialisation en Mauritanie, afin d'assurer un suivi positif de ses recommandations et d'organiser des initiatives syndicales pour exhorter le gouvernement et les institutions internationales dans le cadre du système multilatéral à mettre en œuvre ces recommandations aux échelons social, économique et syndical au niveau National.

Les principales questions débattues durant le séminaire en séance plénière et groupes de travail ont été les suivantes:

1. La mondialisation et ses incidences sociales et économiques (stratégies des agents de la mondialisation, le FMI, la Banque mondiale, l'OMC, les multinationales et les investisseurs étrangers directs) et la réponse de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation

2. L'emploi dans la lutte contre la pauvreté en R.I.M

3. En quoi la mondialisation affecte-t-elle la vie des travailleurs au niveau national

4. En quoi la mondialisation transforme-t-elle les modes d'actions syndicales au niveau national

5. La réponse syndicale à la mondialisation

Le Secrétaire général de la GTM a ouvert le séminaire et a souhaité la bienvenue aux participants et aux invités. Il a brossé un tableau des actions de la CGTM entreprises pour répondre à l'incidence négative de la mondialisation en Mauritanie. Il s'est félicité de la réussite des récentes négociations tripartites qui ont permis la signature des accords entre les partenaires sociaux.

Il s'agit essentiellement du relèvement du SMIG à 21.000 UM, l'introduction de la branche assurances-maladie au niveau de la sécurité sociale, et l'instauration d'un cadre permanent de concertation. Ces résultats fructueux ont été obtenus dans un esprit responsable bénéficiant de la faveur et de la volonté des pouvoirs publics de les faire aboutir.

Le Secrétaire général de l'ORAf-CISL a félicité la CGTM pour avoir pris l'initiative d'organiser ce séminaire, le premier de ce genre après le 18ème Congrès mondial de la CISL tenue à Miyazaki, au Japon du 5 au 10 décembre 2004. Il a exprimé toute la solidarité de l'ORAf-CISL avec les travailleurs et travailleuses de Mauritanie affiliées à la CGTM et sa haute appréciation à propos de la réussite des accords sociaux dans un pays comme la Mauritanie qui doit relever d'énormes défis politiques, économiques et sociaux. Il a souligné l'importance de mettre en œuvre dans la pratique les messages et recommandations de la Commission mondiale.

 L'activité principale du séminaire s'est poursuivie par l'exposé de M. Mohsen Ben Chibani, représentant de la CISL Bruxelles, qui a insisté sur les dimensions contemporaines et les défis de la mondialisation, sur leur incidence sociale et économique et sur les stratégies syndicales d'action. Il a présenté les principales recommandations du rapport de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation, en insistant sur le besoin d'un suivi syndical afin de mettre en œuvre ces recommandations aux échelons national et sous-régional. Son exposé a permis de souligner l'incidence économique et sociale de la mondialisation dans la région et l'influence néfaste des politiques restrictives du FMI, de la Banque mondiale et de l'OMC sur les secteurs sensibles comme les soins de santé, l'éducation et le domaine budgétaire dans son ensemble.

Après les exposés introduits par le panel, conformément à l'ordre du jour, les participants au séminaire ont discuté des différents points et sont parvenus aux constats, propositions et recommandations suivants :

 

I. Constats

En plus de l'état des lieux qui avait été fait aux séminaires de novembre 2001 sur les dimensions sociales de l'ajustement structurel en Mauritanie, de mars 2003 sur l'implication des syndicats dans la lutte contre la pauvreté et de décembre 2003 sur la promotion de l'emploi dans la lutte contre la pauvreté, les séminaristes ont mis en exergue les éléments suivants :

- Au niveau de l'exploitation minière, une concurrence déloyale est menée par les Multinationales du fer sur le marché mondial par des politiques tarifaires unilatérales au détriment des exportations du pays. Cette situation a engendré la réduction drastique des charges liées aux avantages et droits des travailleurs et même à leur emploi par le recours massif à la sous-traitance et au paiement par heures supplémentaires.

- Au niveau de la Pêche, la flotte étrangère en particulier européenne subventionne ses producteurs favorisant ainsi la compétitivité de leurs produits sur le marché et réduisant à néant les armateurs nationaux et leur flotte, ce qui a un effet sur la réduction de l'emploi ;

- Au niveau des Télécommunications, les opérateurs internationaux repreneurs n'ont pas respecté les engagements souscrits dans les cahiers de charge sur la modernisation du réseau national et la qualité de l'outil ainsi que les investissements qu'ils devaient consentir avec cette plus-value que génère l'activité. On a noté des blocages d'avantages des travailleurs et même des départs dus à des pertes d'emploi dans ce secteur ;

- Au niveau de l'Agriculture, de gros investissements sont en cours et des multinationales du secteur commencent à s'implanter mais les emplois demeurent très précaires ;

- Dans le secteur des Travaux Publics, les sociétés étrangères recourent à l'utilisation abusive des heures supplémentaires pour ne pas créer des emplois durables et stables et respecter des normes de travail. On assiste également à une importation massive de main-d'œuvre étrangère pour des qualifications existantes en Mauritanie avec des discriminations graves dans les conditions de vie et de travail entre les travailleurs expatriés et les nationaux ;

- Dans le secteur du Pétrole qui est encore naissant, le monde du travail est dans l'expectative ; des filiales multinationales contrôlent de vastes chaînes dans la manutention avec des moyens considérables qui annihilent les activités des Dockers et réduisent leur emploi dans les ports de débarquement et sur toute la chaîne de manutention ;

- Pour l'Agence Nationale pour la Promotion de l'Emploi des Jeunes, la CGTM constate que les organisations syndicales de travailleurs et d'employeurs ainsi que le Département en charge de l'emploi ne sont pas suffisamment représentés dans ses organes de gestion ;

II. Propositions et Recommandations

 

Au Gouvernement mauritanien

1. Sur les droits des travailleurs et travailleuses et les droits syndicaux

- Améliorer et faire respecter la législation nationale de travail, conformément à la Déclaration de l'OIT sur les principes et droits fondamentaux au travail (1998), afin de renforcer les droits des travailleurs et travailleuses et les droits syndicaux ;

- Entamer dans les meilleurs délais la mise en œuvre du plan d'action de promotion de la Déclaration de l'OIT retenu en Mauritanie depuis 2000 entre les partenaires sociaux et le BIT ;

- Insister pour que les actes d'infraction aux droits syndicaux et droits des travailleurs soient criminalisés par la loi ;

- Introduire des sanctions plus sévères pour les actes de violation des droits syndicaux et des droits des travailleurs.

2. Sur le Dialogue social et le tripartisme

- Améliorer le dialogue social par le biais d'une large campagne d'information et d'éducation des travailleurs et des syndicalistes aux principes et droits fondamentaux au travail ;

- Renforcer les mécanismes tripartites par la mise en œuvre des dispositions de l'accord entre les partenaires sociaux du 16 janvier 2005 relatives au cadre permanent de concertation, la ratification de la convention n°144 de l'OIT sur les négociations collectives et les consultations tripartites ;

- Etablir des mécanismes multilatéraux de développement du dialogue avec la société civile ;

- Discuter des rapports annuels du gouvernement à l'OIT au sein des organes tripartites nationaux avant leur soumission.

3. Sur les questions de genre

- Introduire dans la législation nationale et dans les conventions collectives une politique positive de genre qui permet aux femmes travailleuses d'accéder à des emplois dans les secteurs économiques

- La prise en charge par l'Etat des soins prénataux, postnataux et d'accouchement ;

- L'introduction dans la réglementation nationale du paiement des droits de pension de veuve aux ayants droits de la femme travailleuse ;

- Le paiement des primes de risque pour certaines formes atypiques de travail ;

- La création de crèche sur les lieux de travail à grande concentration féminine ;

- L'accès au crédit et au foncier.

- Instituer un système de quota de 30% au moins en faveur de la participation des femmes pour une meilleure représentativité dans les instances de prise de décision dans tous les secteurs de développement économique et syndical.

4. Sur la protection sociale et justice sociale

- Des taxes sociales devraient être appliquées à tous les revenus et pas uniquement aux salaires et aux rémunérations ;

- Entreprendre une réforme profonde et adaptée de la politique de protection sociale ;

- Une ligne adéquatement définie de la pauvreté doit être un critère pour les avantages sociaux, les salaires et les pensions minimums ;

- La refonte du régime spécial de protection sociale des fonctionnaires de l'État en vue de le rendre plus transparent et d'impliquer les bénéficiaires dans sa gestion ;

- Accélérer le processus de réforme de la Caisse Nationale de sécurité Sociale pour améliorer la qualité des prestations actuelles et introduire la branche assurances-maladie.

5. Sur les politiques de l'emploi et la lutte contre la pauvreté

- Mise en œuvre d'une politique d'emplois décents permettant le respect des droits fondamentaux des travailleurs, une amélioration des conditions de travail et de rémunération ;

- Établissement d'organes de contrôle tripartite en matière de privatisation et de post-privatisation ;

- Développement de politiques nationales participatives afin de lutter contre la pauvreté et de l'éradiquer dans le pays.

- Appliquer des méthodes fiables pour mesurer la ligne de pauvreté et contrôler le phénomène de pauvreté.

- La CGTM recommande que les partenaires sociaux soient impliqués dans la définition, la mise en œuvre, le suivi et l'évaluation des politiques d'emploi à gérer par l'ANPEJ.

6. Sur le rôle de l'État par rapport à la santé, à l'éducation, et à l'infrastructure sociale

- Les services sociaux de base (éducation, santé, logements sociaux, eau et électricité, communication) doivent être pris en charge et renforcés par l'État ;

- L'État doit réglementer le travail dans l'économie informelle et reconnaître rétroactivement l'emploi dans cette économie ;

- L'État doit assurer une meilleure répartition des richesses en Mauritanie, ce qui contribuera à promouvoir de meilleures conditions de vie pour les populations ;

- L'État doit promouvoir une politique nationale d'habitat en faveur des travailleurs par l'octroi de logements sociaux, ce qui renforcera la solidarité et la cohésion sociale ;

- Les organisations de la société civile et en particulier les syndicats doivent être associés d'une manière active dans la conception, la mise en œuvre, le suivi et l'évaluation de la stratégie nationale d'accès des populations aux services sociaux de base.

7. Sur la démocratie et la bonne gouvernance

- Lutter contre la corruption et renforcer les mécanismes politiques démocratiques permettant le contrôle citoyen de l'action publique ;

- Accroître la transparence de la gouvernance durable à long terme ;

- Rationaliser la gestion des biens et dépenses publiques ;

- Améliorer et faire respecter les textes en matière de libertés publiques et de presse ;

- Contribuer au renforcement des capacités des organisations syndicales pour mieux leur permettre de s'adapter aux mutations économiques et sociales à l'échelle mondiale ainsi que le renforcement des capacités des jeunes travailleurs et travailleuses.

8. Sur l'environnement

- Un mécanisme adapté à la préservation de l'eco-système et l'environnement marin et côtier doit être élaboré et mis en œuvre dans une stratégie nationale qui implique l'ensemble des acteurs économiques et sociaux comme la CGTM.

9. Sur la migration

- Extension des droits fondamentaux du travail aux travailleurs migrants;

- Intensification du processus d'adoption d'accords bilatéraux et multilatéraux concernant le libre mouvement de la population active.

Aux Institutions internationales : FMI, Banque mondiale, PNUD, UE

- Renforcer la dimension sociale des politiques de ces institutions et reconnaître les droits syndicaux en tant qu'élément fondamental pour la réussite d'un développement économique durable ;

- Nécessité d'une cohérence entre les institutions internationales en ce qui concerne les questions sociales et économiques (FMI, Banque mondiale, OMC, CNUCED, …) ;

- Inviter le PNUD à organiser avec la CGTM un séminaire national sur la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ;

- Inviter les acteurs de la mondialisation à redoubler leurs efforts dans la lutte contre le VIH/SIDA en Afrique et pour une meilleure accessibilité des populations touchées par le fléau aux médicaments génériques.

 La CGTM et la CISL se félicitent de la participation et des contributions au séminaire du gouvernement, des partenaires au développement de la Mauritanie (PNUD, FMI et BM) ; comme elles se préoccupent par ailleurs des absences répétées de la représentation de l'Union Européenne en Mauritanie aux différents séminaires syndicaux organisés à Nouakchott. Cette situation pourrait être interprétée comme un manque de volonté de coopérer avec les organisations syndicales libres et démocratiques en Mauritanie sur les questions de développement dans le cadre des accords de Cotonou.

 

 A la CGTM et aux centrales syndicales

1. Sur la solidarité syndicale

- Meilleure communication entre les syndicalistes de toutes les régions du monde pour l'adoption d'une position commune contre les pratiques anti-sociales des entreprises multinationales, des gouvernements et des institutions internationales ;

- Soutenir l'unité syndicale des organisations indépendantes et démocratiques en Mauritanie ;

- Établir des alliances dans la société civile (avec des ONG amies du monde du travail), des jeunes, des femmes, des groupes spécifiques de la société.

- Continuer à participer au débat national sur les politiques en matière de développement et de démocratie initié par le PNUD depuis quelques années en Mauritanie ;

2. Sur le rapport de la Commission mondiale de l'OIT

- Diffusion du rapport de la Commission mondiale "Une mondialisation équitable: Créer des occasions pour tous" ;

- Les syndicats doivent organiser des débats nationaux pour sensibiliser l'opinion publique aux recommandations du rapport ;

- Exercer une pression sur les gouvernements nationaux afin qu'ils adoptent des mesures adéquates et des programmes appropriés pour mettre en œuvre les recommandations du rapport de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation.

3. Sur les questions de genre

- Instituer un système de quota de 30% au moins de femmes dans les instances de prise de décision pour une meilleure représentativité dans les organisations syndicales.

4. Sur les privatisations

- Les syndicalistes devraient insister pour que l'un des critères de conclusion d'un accord de privatisation soit l'inclusion de clauses sociales défendant les droits des travailleurs dans le contrat de privatisation.

5. Sur les organisations syndicales sous-régionales et internationales

- Pour faire face aux défis de la mondialisation, il faut développer des alliances syndicales sous-régionales permettant de renforcer la solidarité internationale des travailleuses et travailleurs.

 La CGTM ainsi que tous les participants représentés à ce séminaire expriment leur gratitude et remerciement à la CISL et l'ORAF et aux délégations invitées (Gouvernement, institutions nationales et internationales) pour le soutien politique, pratique et tous les efforts qui ont contribué à la réussite de cette importante activité pour les travailleurs et travailleuses mauritaniens.

Nouakchott, le 5 février 2005

 


 

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Dernière modification : 26 août 2007