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Abdellahi Ould Mohamed dit Nahah Secrétaire Général de la CGTM :
"Nous sommes
satisfaits. Ces négociations n'étaient pas très faciles. Mais au bout du
compte, on est arrivé à une position de compromis. "
Le Calame: Après de multiples rounds de
négociations, les partenaires sociaux sont parvenus à un accord. Qu'est-ce
qui, selon vous, caractérise cet accord? Quelle lecture en faites-vous?
Abdellahi
Ould Mohamed : Ces négociations ont été entamées par la volonté des
partenaires sociaux. L'Etat a certainement facilité les choses en poussant
les parties à le faire. Mais aussi en présidant et en arbitrant lesdites
négociations. L'ordre du jour de ces négociations était une affaire des
partenaires sociaux. C'est nous, avec le patronat, qui en avons fixé les
modalités pratiques.
Ces négociations ont trop duré pour beaucoup de gens. Ce n'était pas notre
point de vue. C'est parce que nous n'avons pas de véritable tradition de
négociations sociales générales dans ce pays et surtout dans un contexte, il
faut le dire, qui n'était pas assez facile. On est arrivé à toucher un
certain nombre de domaines classiques, notamment l'augmentation des
salaires. L'amélioration du SMIG est substantielle, parce qu'il y a
énormément d'indemnités. Le SMIG légal, même si on était dans une situation
où il y avait ce qu'on appelle le minimum perçu légal, c'est-à-dire le SMIG
proprement dit plus les différentes augmentations qui ne s'intégraient pas
dans le salaire de base, était de 4312 UM. On est passé à 21000 UM. Certes
l'incidence peut paraître pas très importante. Mais du point de vue de
l'incidence de ce SMIG sur les accessoires, ça rendra cette incidence plus
importante. Mais tout cela évidemment reste en deçà du minimum nécessaire
vital pour survivre. On n'a pas dit qu'on a réalisé un peu aux Mauritaniens,
un SMIG au véritable sens du terme. C'est-à-dire un SMIG qui permet à tout
le monde de survivre, mais quand même, on a fait un pas sur ce plan.
Nous avons parlé des entreprises pétrolières. On a réclamé qu'elles
engagent une formation professionnelle avant de commencer I'exploration
pétrolière pour que les retombées soient effectives pour le pays.
La création d'une branche assurance-maladie constitue une nouveauté. Avec le
désengagement de l'Etat et la libéralisation, les travailleurs de ce pays ne
sont plus pris en charge. Le volet santé constitue l'un des plus grands
chapitres des budgets familiaux aujourd'hui.
La création d'un cadre permanent de concertation entre les partenaires
sociaux, qui n'existait pas, permettra donc, toutes les fois que cela est
nécessaire, de se retrouver. Mais au moins une fois par an, on aura à se
revoir pour discuter de tous les problèmes y compris la gestion des salaires
et de toutes les autres questions.
Au cours de ces négociations, il y a eu des hauts et des bas et un long de
travail de coulisses. Ces négociations n'étaient pas très faciles. Mais au
bout du compte, on est arrivé à une position de compromis. Certes, tout
compromis ne donne jamais une satisfaction totale. Puisque chacune des
parties pense avoir donné plus ce qu'elle ne devait donner ou ce qu'elle
souhaite donner.
Je pense sincèrement que cela constitue un pas. Ce qui nous intéresse, c'est
qu'il y ait un dialogue social dans ce pays. Sans dialogue social, il n'y
aura jamais une croissance soutenue. Cette croissance ne peut exister que
s'il y a une économie basée sur la redistribution. L'exemple des tigres de
l'Asie est éloquent. Nous sommes satisfaits. Cela ne veut pas dire que nous
avons eu tout ce que nous voulons. Ce que nous retenons, c'est la volonté
d'amorcer désormais un partenariat social dans ce pays pour permettre à tous
les problèmes d'être discutés dans un cadre bien déterminé. Et que toutes
les parties s'engagent à faire le maximum pour que des solutions soient
trouvées à tous les problèmes qui vont être posés.
L'autre élément extrêmement important, c'était la mise à l'épreuve de la
capacité des organisations syndicales dans un contexte de pluralité, de
manque d'expérience et d'expertise syndicale, d'aller en rang serré dans
une négociation face à un employeur uni. Ce n'était pas facile. Mais en tout
cas, les organisations syndicales ont fait preuve d'une maturité qui donne
l'espoir que les travailleurs, à travers les organisations syndicales,
peuvent mieux négocier et se crédibiliser et peut-être aller plus loin
qu'une concertation. En tout cas, c'est notre souhait.
Nous espérons vivement une réunification du mouvement syndical dans ce pays
sur des bases d'indépendance de démocratie. Ce ne doit pas être une question
de personnes. Même si les dirigeants actuels doivent partir dans l'intérêt
d'une réunification du mouvement syndical sur des bases démocratiques pour
lui assurer son indépendance de toutes les forces politiques. Ce serait le
couronnement d'un processus qui doit être entamé et réfléchi de la part de
tout le monde.
Propos recueillis par Thiam Mamadou
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