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Discours du Secrétaire Général de la CGTM à l'occasion du 1er mai 2008.
 

Camarades militantes et militants

Chers travailleurs et travailleuses

Honorables invités


La Confédération Générale des Travailleurs de Mauritanie (CGTM) célèbre aujourd'hui, à l'instar de centaines de millions de travailleuses et de travailleurs à travers le monde, la fête du 1er mai, fête internationale du travail.
Cette fête historique, qui a marqué, à travers les siècles, les jalons de luttes syndicales pour le respect de la dignité de la personne humaine et de ses conditions de vie et de travail à travers des sacrifices, parfois de sang ou de vie, intervient encore cette année dans un contexte particulièrement préoccupant pour le monde du travail, contexte marqué par :


Au plan international
 

- La persistance de la mise en œuvre de politiques économiques néolibérales basées uniquement sur le profit, de libéralisation des échanges économiques, de concurrences déloyales face à des règles de marché fixées unilatéralement par les forces du capital international, de paupérisation avancée des pays et des peuples des pays en développement, d'échec des plans d'ajustement structurel des Institutions Financières Internationales (FMI et BM), du poids de la dette et de la mauvaise gouvernance mondiale
 

- Le processus inexorable d'une mondialisation ultra libérale de l'économie et des échanges sous la houlette de l'Organisation Mondiale du Commerce et des Multinationales qui continuent de faire appliquer des thérapies douloureuses aux économies faibles, poussant des millions d'hommes et de femmes vers des horizons incertains
 

- L'accentuation de la pauvreté et de la fracture sociale, le non-respect des principes et Droits Fondamentaux au Travail de l'OIT et des législations sociales par les multinationales, les gouvernements et les employeurs dans beaucoup de pays, les délocalisations qui affaiblissent les industries naissantes des pays de destination et exploitent la main d'œuvre locale (surtout de jeunes et de femmes) qui travaille dans des conditions dégradantes et non protégées.
Les travailleurs et les peuples du monde restent encore préoccupés par les méfaits d'une mondialisation qui ne prend pas encore en compte la dimension sociale qui doit l'accompagner et s'exposent de plus en plus à des migrations qui deviennent un phénomène mondial qui s'est accentué davantage ces dernières années. Cette migration qui s'accentue et s'amplifie au niveau des femmes et des jeunes, qui empruntent des voies de plus en plus dangereuses pour chercher de meilleures conditions de vie et d'existence.

Néanmoins, certains facteurs positifs et qu'il faut renforcer, constituent des motifs d'espoir à travers l'émergence d'un véritable pôle mondial des forces sociales face à la finance capitalistique internationale et à l'exploitation qu'elle fait subir à la main d'œuvre et aux peuples du monde.
Il s'agit notamment :
 

- du rôle de plus en plus important que joue la société civile mondiale, dans toutes ses composantes, joue sur la scène internationale et de ses luttes pour, un monde plus juste et plus équitable à travers les différents forums sociaux et les assemblés citoyennes qui mobilisent plusieurs acteurs sociaux, offrant des perspectives d'une meilleure gouvernance mondiale.
 

- de la naissance de la Confédération Syndicale Internationale (CSI) qui regroupe désormais l'essentiel du Mouvement Syndical International (ex-CISL, ex-CMT et des Fédérations Syndicales) et offre de plus grandes capacités d'action aux travailleurs par le développement de programmes spéciaux touchant tous les domaines d'activités, mais aussi par l'engagement de cette Internationale envers une mondialisation plus juste et équitable.
 

- des prédispositions de- plus en plus perceptibles des Institutions de Breton Wood pour l'introduction d'une dimension sociale dans les politiques de développement à mettre en œuvre dans les pays du sud en particulier et pour le respect des principes et droits fondamentaux au travail.
Au plan national,

 

- en plus de partager avec tous les pays du tiers monde les conséquences de l'ajustement structurel et de la mondialisation ultra libérale, la situation se caractérise par :
 

- La mise en place des Institutions de la 3e République, obtenues sur la base des élections démocratiques, transparentes et libres, jamais organisées dans le pays,
 

- Le renforcement des espaces de libertés et d'expression par la pluralité des mouvements associatifs et de presse, ainsi que l'émergence des acteurs sociaux nationaux porteurs d'alternatives de progrès.
 

- La reprise des négociations sociales intervenue entre les partenaires sociaux (État, Patronat, Travailleurs) le 20/03/08, après une mise en quarantaine des préoccupations sociales pendant près de deux années
 

- Une deuxième année d'exploitation du pétrole dont les résultats n'ont pas encore eu- d'impact positif sur le quotidien des mauritaniens ;
 

- Un renchérissement sans précédent des prix des produits de base, jetant des populations majoritairement pauvres comme les travailleurs dans des conditions de vie de plus en plus difficiles et dont les conséquences engendrent parfois des réactions spontanées qui ont occasionné malheureusement des drames humains.
 

- Le manque d'implication effective des travailleurs et de leurs Organisations dans l'élaboration, l'application et l'évaluation des politiques économiques et sociales du pays, particulièrement dans les programmes de lutte contre la pauvreté;

- Un refus persistant de beaucoup d'employeurs de procéder à la mise en place des organes de représentation des travailleurs (collèges de délégués du personnel, comités consultatifs d'entreprise, comités d'hygiène et de sécurité), défiant impunément les conventions internationales et la législation nationale.
 

- Une attitude d'impunité de certains responsables et dirigeants d'entreprises tant ? publiques que privées après les violations manifestes et délibérées de la réglementation de travail et des conventions internationales qu'ils ne cessent de commettre ouvertement
 

- Une détérioration sans précédent du pouvoir d'achat des travailleurs face à une flambée inadmissible des prix des denrées de première nécessité et des services sociaux de base, -dans un contexte d'absence ou de manque de mécanismes de régulation sociale. A cet égard, nous saluons la réaction des autorités nationales par la mise en place du Programme Spécial d'Intervention, tout en rappelant qu'une meilleure répartition des richesses nationales est de nature à assurer un bien être durable pour les populations.
 

Une situation tant mondiale que nationale qui interpelle la communauté internationale et les forces sociales en particulier pour un sursaut indispensable à l'avènement de conditions de vie décentes, à savoir manger à sa faim, boire à sa soif, se loger convenablement, s'habiller correctement, se soigner sans difficultés, éduquer ses enfants...etc. ; en somme, le respect de ce qu'il faut pour donner un sens au travail et à la vie.
 

Chers camarades militantes et militants
 

En cette journée mémorable, nous rendons un grand hommage à tous et à toutes celles qui ont donné leur vie pour le progrès de l'humanité et le bien être de ses habitants dont les travailleurs, et dans ce registre, nous nous inclinons devant la mémoire de tous ceux qui ont sacrifié leurs vies pour la cause de l'émancipation des travailleurs et des masses laborieuses, pour l'amélioration de leurs conditions de vie et de travail, depuis la naissance de la production marchande jusqu'à nos jours en passant par Chicago et Philadelphie aux Etats-Unis en 1886 et 1887, et par divers autres endroits de la planète jusqu'à Zouerate en Mauritanie le 29 mai 1968.
 

La Confédération Générale des Travailleurs de Mauritanie s'associe fermement au mouvement syndical international, à la société civile et aux peuples du monde pour revendiquer avec force un monde plus juste et plus équitable à travers une lutte conséquente contre la pauvreté et contre la discrimination à l'endroit des femmes, pour une juste répartition des richesses et l'introduction d'une forte dimension sociale à la mondialisation afin de lui donner un visage plus humain.
 

Par la même occasion, tout en saluant la reprise des négociations sociales entre les partenaires sociaux, la CGTM en appelle à la signature d'un Pacte Social National, qui va être un baromètre des relations professionnelles afin de permettre d'assurer une meilleure répartition des richesses générées par la croissance économique à travers des mécanismes civilisés et respectueux des différents partenaires.

La CGTM fustige et dénonce toutes les formes d'exploitation que les travailleurs subissent dans notre pays, de la part d'un tâcheronnat véreux et sans scrupules, mais également rejette l'attitude de certains dirigeants d'entreprises qui considèrent ces outils de production comme leurs propriétés privées et qui agissent dans ce sens en toute impunité.
 

La CGTM se félicite de la mise en œuvre du programme de retour des compatriotes déportés en 1989 dans le respect de leurs droits et de leur dignité mais elle reste préoccupée par le silence observé sur la situation des fonctionnaires et des travailleurs victimes de ces événements qui sont organisés dans des cadres formels et légaux pour revendiquer leur réinsertion dans la vie professionnelle et le règlement de leurs droits nés des événements de 89/91.
 

La CGTM se préoccupe également de la défense des Droits des travailleurs migrants qui vendent leur force de travail pour assurer leur dignité mais qui sont souvent victimes des discriminations et des attitudes de xénophobie que nous devons dénoncer et combattre.
 

Chers camarades,
 

Les chantiers nationaux de grande envergure que développe notre Centrale sont nombreux, mais nous devons en citer les plus importants :
 

- Notre organisation déploie des efforts importants et considérables, avec l'aide de syndicats amis comme la Centrale Générale des Syndicats Libéraux de Belgique, à travers son Mouvement pour la Solidarité Internationale, pour organiser et encadrer et syndicaliser les travailleurs et travailleuses de l'économie informelle.
 

Cette frange de travailleurs, de plus en plus nombreuse, suite aux dures années de sécheresse, aux licenciements massifs de travailleurs après les programmes de privatisation, au chômage endémique, à l'inadéquation de la formation universitaire et professionnelle avec le marché de l'emploi, au faible accès des femmes à l'emploi public, développe des activités non structurées et parfois avec des risques professionnels qui ne sont pas protégés, contribuant largement à la lutte contre la pauvreté tant dans les villes que dans les campagnes.
 

Les autorités publiques, tant nationales que régionales, sont interpellées face aux réseaux, associations, comités, coopératives et autres regroupements de travailleurs de l'économie informelle, qui contribuent au PIB national par l'exploitation de leurs activités informelles et la plus value qu'elles génèrent, dans des contextes difficiles comme les exactions, les taxes administratives lourdes, les déguerpissements non consensuels, l'absence de lieux de travail précisés et délimités auxquels ils font face dans toutes les régions du pays, sous prétexte de l'assainissement des espaces publics.
 

D'autre part, l'organisation des élections professionnelles nationales de représentativité entre les organisations syndicales sera effective au cours du dernier trimestre de l'année 2008.

Premières du genre dans l'histoire du mouvement syndical mauritanien, ces élections revêtent une importance capitale pour la CGTM, qui à travers la présence et la mobilisation de tous ses membres au niveau de toutes les Wilayas et de toutes les branches d'activités, s'engage à demeurer la principale organisation syndicale porte-parole des travailleurs et travailleuses de notre pays.
 

Chers camarades
 

La CGTM demeure également préoccupée par les situations qui prévalent dans certaine parties du monde et de notre continent
 

- au Moyen Orient, le drame que vivent les travailleurs et les populations de Palestine, victimes de l'oppression et de l'agression chroniques de la part de l'Etat d'Israël à travers ses forces d'occupation.
 

- en Irak, où les répercussions de l'occupation des forces de la Coalition engendrent des pertes humaines considérables par jour et hypothèquent l'avenir de l'unité de ce pays en l'Afrique, où le drame que vivent les populations du Darfour au Soudan est inacceptable, devant des horreurs qui remontent au 1er Millénaire.
 

- au Sahara Occidental où les résolutions des Nations Unies pour le règlement du conflit tardent à se mettre en place
 

Nous réitérons, à l'occasion de ce 1er mai 2008, notre soutien indéfectible aux travailleurs et peuples de ces pays pour le recouvrement de leurs droits et le respect de leurs choix, seul gage pour la paix et le développement de ces régions respectives.
 

Chers Camarades
 

La CGTM considère que la diversité et la pluralité syndicales sont le fruit d'une démocratie sociale majeure qui permet une expression plurielle et des choix larges et ouverts dans le cadre de la liberté d'association et d'organisation des travailleurs, mais regrette que cet endettement affaiblit davantage les organisations syndicales et les travailleurs face à des enjeux globaux qui nécessitent de fortes mobilisations.
 

La CGTM lance à cet effet, un appel à toutes les Centrales syndicales et aux travailleurs pour une unification des actions des syndicats et une meilleure convergence dans leurs attitudes respectives, afin de retrouver un front syndical mieux élaboré et mieux structuré et organisé dans le but de relever tous les défis auxquels le monde du travail reste confronté dans notre pays.
 

Je ne saurai terminer ce discours sans lancer un appel pressant aux autorités gouvernementales afin que la sécurité et la quiétude des citoyens soient assurées et pour aider notre peuple à adopter la voie de négociation et de dialogue comme moyen de faire face à ses contradictions internes afin de bannir le recours à des actes terroristes de toute nature.
 

J'invite également le Gouvernement et le Patronat à veiller à se conformer davantage aux dispositions des conventions internationales et de la législation nationale de travail, afin de contribuer à la préservation de la paix sociale dans le pays et pour un développement durable.

Pour terminer, je remercie l'ensemble des invités et des personnalités syndicalistes qui ont bien voulu rehausser de leur présence la commémoration de ce 1er mai 2008.
 

Vive le 1er mai, fête internationale du travail !
 

Vive la solidarité nationale et internationale des travailleurs !
 

Gloire aux martyrs de la cause d'émancipation des masses travailleuses !
 

Gloire aux martyrs de Zouérate !
 

Pour l'amélioration du pouvoir d'achat des travailleurs
 

Non à la détérioration des conditions de vie et de travail
 

Pour une meilleure répartition des richesses nationales.


 

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Dernière modification : 30 mai 2008