Rapport d’activité du Secrétaire Général de la CGTM
Le 3e
congrès de la Confédération Générale des Travailleurs de Mauritanie (CGTM)
se tient dans un contexte mondial marqué par la conférence de l’Organisation
mondiale du Commerce (OMC) où les grandes puissances économiques refusent
l’abrogation des subventions de leurs produits agricoles, maintenant ainsi
les pays en développement et particulièrement une grande partie de l’Afrique
dans une extrême pauvreté.
Cette
situation est une conséquence de la globalisation de l’économie mondiale.
Celle-ci dépourvue de volet social et d’étique, a projeté, des millions de
travailleurs dans le chômage, la précarité et la marginalisation et
provoquant par la même occasion, le déclin des effectif des syndicats et une
diminution de leur influence en matière de relations professionnelles.
La
Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL) la présente comme
le plus grand « défit » à relever par les syndicats.
Dans
notre pays le contexte est marqué surtout par le changement politique du 03
Août, la tenue récemment des journées nationales de concertation et la
constitution de la CENI qui ont fait souffler un vent d’espoir sur la
Mauritanie. Les organisations syndicales nationales doivent s’inspirer de
cette nouvelle donne pour faire entendre la voix des travailleurs sur les
différentes politiques et divers programmes de développement économique et
social de la Mauritanie.
C’est
dans ce cadre que la CGTM a inscrit sont action depuis son 2ième
congrès ordinaire de juillet 2001.
Ainsi, les activités de notre organisation durant la période 2001-2005 sont
centrées essentiellement sur les axes principaux suivants :
¨
La prise en main des
préoccupations des travailleurs,
¨
La promotion des activités
de femmes et des jeunes
¨
La poursuite et le
renforcement des programmes de formation
¨
La réorganisation de
l’administration et de la communication
¨
Le suivi et le
développement de la coopération
Il
s’agit, bien entendu, des axes pour indiquer les activités dominantes, mais
non exclusives, parce que d’autres activités importantes, ont été également
menées durant cette période
I. La
prise en main des préoccupations des travailleurs
La confédération Générale
des travailleurs de Mauritanie vise fondamentalement l’étude et la défense
des droits et intérêts collectifs ou individuels des personnes ou groupes de
personnes qui la composent. A ce titre cette activité constitue la première
préoccupation de la centrale. Le secrétaire chargé des affaires sociales
dont les compétences ont été renforcées à travers des ateliers et sessions
de formations, s’y investit pleinement. Malgré de nombreuses difficultés,
des résultats significatifs ont été obtenus :
La
situation économique et sociale de la Mauritanie pendant la période de
référence a engendré de nombreux conflits individuels et collectifs que le
secrétariat a pris en main au niveau des juridictions de travail.
A
titre d’exemple, entre septembre 2003 et septembre 2004 pour Nouakchott
seulement, 384 dossiers ont été délibérés au cours de 8 audiences tenues. Il
ressort de ces audiences les données suivantes :
-
165
dossiers délibérés pour un montant de plus de 145 millions d’ouguiyas
-
154
dossiers en cours de
délibération
-
59
dossiers ajournés pour complément d’informations
-
6
dossiers pour lesquels ont été désignés des experts
D’autres luttes et d’autres activités ont été au centre des préoccupations
de l’organisation ; nous citerons quelques unes parmi les plus importantes
¨
La grève des dockers ville
de Nouakchott affiliés à la CGTM en 2002 ;
¨
La grèves des travailleurs
de la sous traitance de la SNIM à Zouérate en 2003 ;
¨
La grève des travailleurs
des chantiers de l’infrastructure à Nouakchott en 2003 ;
¨
La grève des travailleurs
d’EREPS du tronçon Nouakchott Nouadhibou en 2004 ;
¨
La grève des travailleurs
d’ARAB CONTRACTOR en 2004 ;
¨
Les conflits du nord à la
SNIM et sa filiale COMECA à Nouadhibou en 2005 ;
Toutes
ces grèves ont été réussies et ont permis la satisfaction des revendications
des travailleurs sauf celle de 2002 (ci–dessus citée) pour des raisons que
nous n’évoquerons pas ici.
La
grève des travailleurs de la société MKTde la branche du transport pour le
secteur pétrolier en Mauritanie commencée depuis le 14 novembre, se
poursuit. Mais la société a perdu le contrat de sous traitante qui la liait
à Schenker. Des négociations se poursuivent pour le transfert des
travailleurs grévistes vers une autre société.
Deux
faits majeurs qui préoccupaient les organisations des travailleurs se sont
déroulés pendant cette période :
1° /
L’adoption du nouveau code que le monde du travail attendait depuis plus
d’une décennie. Il matérialise des mécanismes vitaux et indispensables pour
la législation du travail et participe à un équilibre social entre les
partenaires sociaux. Nous y avons noté des améliorations notables par
rapport à l’ancien. Toutefois une remise en cause de certaines dispositions
inquiète toujours les travailleurs. Il s’agit notamment de l’affaiblissement
de la protection des délégués du personnel et de la suppression du droit de
grève à cause de la complexité et la durée très longue des procédures de
conciliation et de médiation. Cette situation anachronique et grave incombe
aux pouvoirs publics qui, dans le processus de toilettage de lavant-projet,
ont ignoré toutes les observations faites par le bureau International du
travail (BIT) et les réserves des organisations des travailleurs émises
durant le Conseil National du travail convoqué à cet effet .
2°/
L’ouverture des négociations communément qualifiées d’historiques qui ont
abouti en janvier 2005, à un protocole d’accord entre les partenaires
sociaux au sien duquel il a été convenu, entre autres,
¨
de porter le SMG de 4312 UM
à 21000 UM,
¨
des recommandations sur la
création d’une branche assurance maladie au sein de la caisse nationale de
sécurité sociale
¨
d’entamer dés que possible,
les négociations des conventions collectives
¨
d’opter pour l’instauration
d’une concertation permanente.
Il est
urgent de relancer les négociations entre les partenaires sociaux pour
discuter des points en suspens
II. La
promotion des activités des femmes et des jeunes
Lors de son dernier
congrès en 2001, la CGTM a défini un axe d’orientation qui a consisté en la
mise en place au sein de son comité exécutif, d’un secrétariat chargé des
jeunes et des femmes.
Son
objectif global est la syndicalisation des femmes et des jeunes travailleurs
aussi bien dans le secteur de l’économie structurée que dans celui de
l’économie informelle pour édifier un mouvement national des femmes et celui
des jeunes
Cette
nouvelle orientation découle du fait que la question de genre et le
problèmes des jeunes travailleurs constituent aujourd’hui, une préoccupation
majeure des organisations syndicales pour une meilleure représentation des
jeunes et des femmes dans toutes les activités et aux instances de décision
de direction des syndicats ;
Depuis, la CGTM, consciente de leur poids démographique, de leur poids
économique dans le tissu social et du rôle qu’ils peuvent jouer dans les
syndicats, n’a cessé de chercher des solutions durables pour leur
recrutement, leur organisation dans ses structures et la prise en main de
leurs préoccupations spécifiques .
Dans
ce cadre un écho favorable a été réservé à la requête de la CGTM par la CISL
par la CGSLB et MSI pour promouvoir la participation des femmes et des
jeunes au syndicalisme. Cet intérêt s’est matérialisé à travers le
financement de deux projets pour les femmes et d’actions ponctuelles pour
les jeunes
1.
projet pour le renforcement
des capacités organisationnelles des femmes pour accroître leur
syndicalisation et leur rôle dans les structures de la CGTM, financé par la
CISL (département de l’égalité)
2.
projet pour le renforcement
des capacités syndicales des femmes, financé par le ministère belge de la
coopération à travers la CGSLB /MSI
D’une
durée de trois ans chacun, les deux projets des femmes ont commencé depuis
2004. Après deux ans d’activités, leurs résultats sont satisfaisants tant
pour la syndicalisation, la formation et la motivation syndicale que pour
l’appui logistique.
En
terme d’impact, sous réserve de l’évaluation finale on peut affirmer que
¨
la CGTM s’est renforcé
quantitativement et qualitativement
¨
la présence des femmes au
sein des instances de direction des syndicats et des fédérations
professionnelles affilié à la CGTM, a été sensiblement améliorée à
l’occasion de leur congrès ;
¨
les conditions pour la
tenue de la première conférence nationales des femmes de la CGTM ont été
réunies. Celle –ci s’est déroulée avec succès le 18 décembre 2005.
Le
présent congrès de la CGTM consacrera une meilleure promotion des femmes
dans les instances de direction et de prise de décision.
Quant
aux jeunes, leurs activités sont orientées essentiellement vers le
renforcement de leurs capacités organisationnelles. Celles-ci commencées au
début de 2004 ont permis le recrutement de 3176 jeunes travailleurs et la
mise en place de 25 comités sectoriel et de 3 coordinations régionales à
travers quatre régions : district de Nouakchott, Gorgol, Trarza, Dakhlet
Nouadhibou. Ces résultats peu encourageants sont dus, en partie, au fait que
les jeunes connaissent très peu le mouvement syndical et qu’ils travaillent
en majorité dans le secteur de l’économie informelle ou sont au chômage. Les
syndicats doivent, à cet effet, s’investir davantage dans la sensibilisation
pour motiver les jeunes à se syndicaliser.
Compte
tenu de l’importance que la CGTM accorde à l’édification du mouvement des
jeunes travailleurs, le comité national provisoire, mis en place depuis
septembre 2003 doit redoubler d’effort pour atteindre les objectifs qui lui
étaient assignés.
III.
La poursuite et le renforcement des programmes de la formation
Dans ce domaine, on peut
affirmer, à la lumière de ce qui suit, que des progrès notables ont été
réalisés surtout pour les femmes à travers leurs projets.
Pour la formation dans le cadre de la coopération internationale,
notre centrale a participé à plusieurs rencontres de formation en Afrique et
en Europe notamment à Turin (Italie), grâce à l’appui de la CISL, de l’ORAF
et du BIT-ACTRAV
Pour la formation nationale,
l’action du secrétariat a consisté essentiellement à appuyer les activités
de formation dan le cadre des projets des femmes.
La mise en œuvre des
programmes de formation des deux projets ont permis le renforcement des
capacités des femmes, à travers des ateliers et sessions de formation
notamment
¨
en Nouvelles Technologies
en Information et Communication ( NTIC)
¨
en gestion de projets
¨
en méthodes de gestion de
micro projets (PCM)
¨
en techniques de
syndicalisation dans le secteur de l’économie informelle
Au
total, 1214 femmes travailleuses ont bénéficié de ces formations aussi bien
à Nouakchott que dans les autres régions du pays
Les
militantes de bases et les éléments d’encadrement qui ont prit part à ces
activités se sont renforcés en terme de capacités au grand profit de notre
organisation
En
outre, à travers les deux projets des femmes, l’équipement de notre siège
dans le domaine des NTIC se sont renforcé par l’acquisition de 5
ordinateurs, 4 imprimantes, une photocopieuse, un projecteur, etc…. La
création d’un centre de formation permet de faire une formation continue
IV. La
réorganisation de l’administration et de la communication
L’équipement de la centrale en ordinateurs, imprimantes, fax et la
réalisation du site Internet de la CGTM, ajouté au recrutement d’un nouveau
secrétaire permanent, ont permis la remise en ordre du fonctionnement du
secrétariat chargé de l’administration et de la communication.
Au
plan de l’administration,
le classement des archives, les réceptions et les envois des documents aux
syndicats, aux fédérations professionnels et coordinations régionales sont
assurés et bien tenus. Mais des insuffisances demeurent encore s’agissant
entre autres, de la mise à jour des dossiers du personnel, de la
reconstitution des listes des adhérents aux syndicats affiliés à la CGTM par
branches d’activités sur fichiers à l’aide de l’outil informatique
Au
plan de la communication
on distingue trois étapes importantes : la première est relative aux
tentatives menées pour la parution du journal « ECHO CGTM », la seconde
étant consacrée à l’utilisation des déclarations et des communiqués de
presse comme moyens de communication et la troisième , utilisation de
l’Internet.
1°/
le journal « ECHO CGTM » :
Après un début prometteur et quelques livraisons assez bien appréciées par
les travailleurs, ce journal a connu des difficultés énormes, d’ordre
matériels et humains.
Quelques tentatives avaient été menées, mais les résultats n’étaient encore
à la hauteur des attentes.
2°/
Les déclarations et des communiqués de presse
de presse ont été utilisés à l’occasion des événements nécessitant la prise
de position de notre centrale , des lettres et circulaires … Elles ont joué
leur rôle non sans difficultés parmi lesquelles la traduction en arabe , la
reproduction, la diffusion.
3°/
L’utilisation de notre site Internet :
avec les nouvelles technologies de l’information et de communication, et
grâce aux soutien notamment du ministère belge de la coopération, à travers
le projet femmes mis en œuvre par la CGSLB/MSI, la CGTM a acquis quelque
ordinateurs, procédé à la formation de quelques militants et créé un site
WEB. Lorsqu’un communiqué est porté au site, les militants peuvent
simultanément la consulter, la reprographier et la diffuser largement. Mais
on constate encore quelques difficultés dues au fait que l’outil
informatique et la connexion ne sont pas disponibles partout et que la
formation des militants en NTIC est encore limitée.
V. Le
suivi et le renforcement de la coopération internationale
L’état
des lieux de nos rapports de coopération tant bilatéraux que multilatéraux,
à travers des échanges fructueux et réguliers avec nos partenaires ; la
présence de notre organisation aux grands événements mondiaux et aux
différentes manifestations des organisations amies, illustre les actions
concrètes menées par le secrétariat concerné, durant la période de
référence.
Les
rapports de la CGTM
1.
avec son internationale
CISL et la régionale (ORAF)
ont connu un développement
considérable et significatif :
¨
Participation aux campagnes
mondiales telles que Egalité de genre, Négociations OMC, Normes
internationales du travail…
¨
Tenues d’activités sur ou à
travers le financement de la CISL et l’ORAF à Nouakchott sur la base des
requêtes ;
¨
Participation aux ateliers
sur le renforcement des capacités des centrales syndicales de l’Afrique
francophone
¨
Visites d’étude et de
travail sur des questions majeures d’intérêt syndical.
2
avec l’OUSA, l’USTMA et
lOMVS,
malgré la relance des correspondances et des interpellations ponctuelles
lors des rencontres à l’extérieur, nos rapports n’ont pas évolué et
demeurent toujours emprunts de vœux de promesses qui ne se réalisent pas
encore.
3
avec la CISA,
notre demande d’affiliation été réactivée à plusieurs reprises, mais les
textes fondamentaux de cette confédération qui demeurent liés au mono
syndicalisme, empêchent son élargissement vers notre organisation.
Concernant les affiliations des syndicats et fédérations professionnels, des
demandes ont été effectuées envers des fédérations syndicales
internationales. Certaines affiliations ont eu lieu telles que celles de
information et graphique à l’UNI, infrastructure à FTBB, SNES à l’IE
D’autres affiliations
sont en cours d’étude et devraient aboutir très prochainement.
4
avec les institutions et
les organismes présents en Mauritanie
tels que la Banque Mondiale, l’Union Européenne, le FMI, et le PNUD, nous
avons pu , durant cette période, impulser une dynamique de rapports nouveaux
qui ont permis de mieux comprendre la vision des partenaires au
développement, mais aussi et surtout, de faire entendre la voix des
travailleurs sur les différentes politiques et divers programmes de
développement économique qu’ils poursuivent dans notre pays.
5
avec les organismes
nationaux et la société civile,
certains départements ministériels ont commencé à réagir aux sollicitations
de la CGTM pour partager l’information à travers des séminaires nationaux,
renforçant ainsi les bases de données de notre centrale. Nous continuons de
développer des démarches pour approcher le forum des ONG ainsi que le cyber
forum de la société civile ; mais nos rapports demeurent encore timides
La
coopération au développement que nous menons est l’un des maillons le plus
important de notre programme de renforcement des capacités de la centrale.
C’est pourquoi nous y attachons une attention toute particulière. Notre
politique de coopération internationale doit être soutenue et encouragée
pour intéresser davantage les partenaires à accorder une attention à notre
programme de développement
Le
bilan de nos activités durant la période référence, montre que notre jeune
organisation a enregistré des acquis importants dans plusieurs domaines
syndicales. Mais beaucoup reste à faire si nous voulons hisser la CGTM au
peloton de tête parmi les organisations syndicales capables d’émerger et de
prendre efficacement les préoccupations du monde du travail. A cet effet ,
nos efforts devront être axés essentiellement sur la recherche de voies et
moyens pour améliorer sans cesse, les résultats obtenus, mais aussi et
surtout, déterminer des formes d’action et d’organisations pour faire
aboutir les aspirations des travailleur et travailleuses. Nous devons
également œuvrer pour un travail collégial, décentralisé permettant la prise
d’initiatives, l’instauration d’un véritable mécanisme de communication
entre l’exécutif et la base et une appréhension des enjeux des contextes
tant nationaux qu’internationaux. A cette occasion, j’insiste sur la
nécessité de lier les préoccupations locales, sectorielles et
conjoncturelles aux préoccupations générales, nationales et internationales.
Ainsi,
la multiplication des chaînes de solidarité devient la meilleure riposte à
la mondialisation libérale qui régente aujourd’hui le monde sous l’impulsion
de l’OMC, du G7 et des institutions de Breton Woods, pour l’avènement d’une
mondialisation à visage humain où les considérations sociales ne seront plus
reléguées au second plan.
Merci
de votre aimable attention
Nouakchott le 19 décembre 2005
Le
Secrétaire général
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