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Confédération Générale des Travailleurs de Mauritanie

CGTM

3ème congrès ordinaire, 19-21 décembre 2005


 Rapport sur le phénomène de la migration de main d’œuvre

 

I. INTRODUCTION

 

Depuis des milliers d'années, il n'est pas une seule partie du monde qui n'ait connu des vagues récurrentes d'immigration et d'émigration. La migration occupe par conséquent une place de premier plan dans l'histoire de l'humanité, traçant et redessinant les contours des sociétés, des cultures et des systèmes économiques. Le 21ème siècle ne fait pas exception. Les millions de migrants qui se déplacent en Asie et en Afrique, ou qui quittent les pays en développement pour se rendre dans les pays développés, ne sont que les témoins contemporains de traditions qui remontent à la nuit des temps.

 

Pour autant, la migration, et en particulier l'immigration, est une question qui prête à controverse, les «nationaux », eux-mêmes descendants d'anciennes générations d'immigrés regardant souvent d'un mauvais œil les nouveaux arrivants à travers lesquels ils voient une menace pour leur emploi et leur culture.

Même les États-Unis, pays pourtant presque entièrement peuplé d'immigrés, ont parfois durci leurs conditions d'immigration, au motif que les nouvelles générations d'immigrants seraient en un sens inférieures à leurs prédécesseurs et se sont parfois opposé à l'admission de ressortissants irlandais, chinois ou de pays d'Europe Orientale.

 

L'émigration a généralement posé moins de problèmes. Les gouvernements qui ont interdit à leurs citoyens de quitter le pays sont relativement rares, et l'ont fait moins pour des raisons socio-économiques que politiques. La plupart des autres ont vu dans l'émigration une sorte de soupape de sécurité et ont autorisé, parfois même encouragé, les mécontents ou les défavorisés à chercher fortune ailleurs.

 

Quelle est l'incidence de l'immigration sur le développement national ?

Dans un sens, ce n'est peut être pas la bonne question. Il faut plutôt voir dans la migration, tant à l'intérieur des frontières nationales que d'un pays à un autre, un élément ou un aspect du développement, qui revêt une plus ou moins grande importance selon les pays et les époques. Cause ou conséquence de certains événements, la migration fait toujours partie intégrante du processus de développement. Quoi qu'il en soit, à l'instar de nombreux autres aspects du développement, elle a à la fois des conséquences négatives et des conséquences positives.

 

II. L'incidence des migrations sur les pays d'origine.

La décision d'émigrer peut être motivée par de multiples raisons, mais c'est l'absence de perspectives satisfaisantes dans les pays d'origine qui est aujourd'hui l'élément moteur de l'accroissement de la pression migratoire. Les pays en développement ne créent pas suffisamment d'emplois décents pour absorber le nombre croissant de personnes arrivant chaque année sur le marché du travail.

Selon les estimations du BIT, à la fin de l'année 2003, le nombre de travailleurs gagnant moins d’un dollar (environ 300 UM) par jour est resté constant depuis 2002, soit environ 550 millions.

 

 L'incapacité de l'économie mondiale à créer assez d'emplois à l'endroit même où les gens vivent fait porter la responsabilité de l'ajustement à la famille et à ses membres. Dans les pays pauvres, c'est à la famille que revient la difficile décision d'envoyer l'un de ses membres à l'étranger, pour essayer de se prémunir contre les menaces de toutes sortes qui pèsent sur son existence : catastrophe naturelle, choc économique externe, chute des prix des produits agricoles, privatisation et réduction des effectifs des entreprises publiques, dévaluation monétaire, faillite bancaire, etc.

 

 C'est ce qui explique pourquoi tant de personnes émigrent, souvent conscientes du sacrifice personnel consenti et sachant qu'elles devront travailler dans des conditions difficiles et dépenser très peu pour pouvoir envoyer le plus d'argent possible à leur famille.

 

La plupart des pays en développement estiment cependant qu'à court terme du moins, la migration a pour eux un effet nettement favorable. Elle absorbe un nombre considérable de nouveaux venus sur le marché du travail et génère un afflux de capitaux provenant des envois de fonds des émigrés. En revanche, l'exode des cerveaux est source de préoccupations pour les pays qui voient partir leurs meilleurs cadres. Mais, dans I’ensemble, les grands pays d'émigration tirent un bilan positif de la migration qu'ils considèrent comme une réelle contribution au développement.

 

L'émigration peut être considérée comme un moyen d'atténuer la pression démographique mais, pour la plupart des pays, elle n'a au mieux qu'une incidence marginale. Le plus vaste transfert de population est celui qui intervient au Mexique à destination des Etats-Unis. Sur les 108 millions de personnes nées au Mexique et toujours en vie, près de huit millions vivent à présent aux Etats-Unis, soit une réduction annuelle de 1,5 à 1,8 pour cent du taux de croissance démographique du Mexique.

 

Le même schéma s'applique aux incidences des migrations sur l'emploi et le chômage dans les pays d'origine. Bien entendu, un retour inopiné de tous les migrants poserait de graves problèmes, comme on l'a vu après la première guerre du Golfe en 1990, lorsque près de deux millions de travailleurs ont quitté précipitamment le Koweït et l'Iraq et ont tenté de retrouver du travail dans leur pays d'origine. Mais certains des pays connaissant un taux d'émigration nettement élevé sont aussi des pays en prise avec d'irréductibles problèmes de chômage.

 

III. L’émigration de personnes qualifiées (exode des compétences)

La mobilité internationale des travailleurs hautement qualifiés est en hausse depuis le début des années quatre vingt dix. Cette évolution s'explique par l'accroissement de la demande mondiale de qualifications, elle-même résultant de l'avancée de la mondialisation et de l'essor phénoménal des technologies de l'information et de la communication. Les effets de cet exode des compétences sur les pays d'émigration sont encore mal cernés; ils varient suivant les caractéristiques de ces pays (notamment leur dimension et leur niveau de développement), les secteurs ou les catégories professionnelles visés, le mode de financement de l'éducation (publique ou privée) et le type de migration (temporaire, durable ou circulante).

 

Les travailleurs hautement qualifiés s'expatrient pour de multiples raisons, notamment pour obtenir des salaires plus élevés, de meilleurs moyens de travail et plus de perspectives de carrière. Mais les pays d'accueil favorisent aussi l'immigration grâce à des systèmes de recrutement et de sélection qui facilitent l'admission. Ces mécanismes attirent les éléments les plus compétents et les plus brillants des pays en développement, au point que les immigrants de bon nombre de ces pays, entrés aux Etats-Unis durant les années quatre vingt dix, détenaient deux fois plus de diplômes que leurs compatriotes dans les pays d'origine.

 

L'exode des cerveaux peut créer un cercle vicieux de nature à freiner le développement. En Afrique, par exemple I'émigration de médecins et de personnel infirmier a des effets délétères sur la santé publique, à un moment où les besoins augmentent en raison de la propagation du SIDA et des campagnes en vue d'améliorer les taux de vaccination. L'émigration a notamment pour effet d'amoindrir la présence de personnel médical dans les zones rurales, accroît la charge de travail des personnels restants et peut freiner la progression des services de santé publique. Les médecins formés par exemple en Jamaïque ou au Ghana sont plus nombreux à l'étranger que dans leur pays d'origine.

 

L'émigration des étudiants est un facteur précurseur de l'exode des compétences. L'OCDE souligne qu'en 2000 près de 1,5 millions d'étudiants étrangers suivaient des études supérieures dans ses Etats membres, dont plus de la moitié provenait de pays extérieurs à la zone de l'OCDE. On en dénombrait 475.000 aux Etats-Unis, 223.000 au Royaume-Uni, 187.000 en Allemagne et 105.000 en Australie. La plupart disait ne vouloir séjourner dans les pays d'accueil que pour la durée de leurs études, mais un nombre non négligeable s'y est finalement installé définitivement.

Des recherches menées par le BIT sur l'émigration de personnes qualifiées font apparaître que le résultat net de l'exode des compétences des pays en développement est un mélange d'effets directs et indirects. L'effet le plus direct de l'exode des compétences est la diminution du capital humain national qui est décisif pour la productivité et la croissance économique d'un pays, mais qui déclenche aussi un certain nombre de forces susceptibles d'accélérer la croissance économique. Revenant au pays avec des qualifications et une expérience professionnelle acquise à l'étranger, les migrants favorisent la croissance de l'économie. La promesse de revenus plus élevés peut elle-même encourager un accroissement des investissements dans l'éducation publique et privée, qui ne serait peut-être pas intervenu autrement. Les expatriés envoient des fonds dans leur pays par le transfert d'une partie de leur salaire. Ils transfèrent également des connaissances, des technologies et des investissements, qui stimulent la productivité et le développement économique. Pour les pays en développement, le défi majeur est de prendre les initiatives qui s'imposent pour gérer ces échanges de compétences intervenant au niveau mondial.

 

IV. Le coût social de la migration

Le coût social des migrations de travailleurs, et notamment la rupture des liens familiaux et communautaires, est une conséquence indéniablement aussi importante que le coût économique, quant à lui plus facile à mesurer. Les répercussions sociales ­de l'émigration ont presque toujours des effets sur l'équilibre entre les sexes.

 

Dans certaines régions d'Afrique, lorsqu'un homme émigre pour aller travailler, la femme devient chef de famille monoparentale. Les conséquences sont plus graves lorsque c'est la mère de famille qui émigre. Leur éloignement a de nombreuses répercussions sur la famille et la communauté, en particulier sur les enfants, qui cessent de fréquenter l'école, deviennent vulnérables et sont victimes de négligence et de mauvais traitements. De manière générale, les pays qui envoient massivement leurs citoyens à l'étranger constatent la création d'une «culture de l'émigration», où celle-ci devient pour les jeunes gens une sorte de «rite de passage».

 

V. Les transferts financiers des migrants

Dans une étude récente, la Banque Mondiale indique que les fonds envoyés par les travailleurs émigrés constituent la deuxième source de financement externe des pays en développement, juste après l'investissement étranger direct (IED). En 2001, les fonds envoyés par les expatriés ont procuré aux pays en développement des recettes d'un montant de 72,3 milliards de dollars américains soit 1,3 pour cent de leur PIB consolidé. Ce montant est très supérieur aux flux financiers publics et aux flux privés autres que les IED et représente 42% du total des flux d'IED vers les pays en développement. Les envois de fonds des émigrés sont moins importants que les flux d'investissements étrangers directs, mais en règle générale, sont supérieurs au montant de l’aide publique au développement.

 

Ils sont aussi une source de revenus plus assurés et plus stables et sont en principe moins sensibles aux fluctuations des cycLes économiques; ils ont par exemple continué d'augmenter durant la crise financière asiatique, alors que les flux d'IED fléchissaient. Pour un certain nombre de pays, les envois de fonds des expatriés constituent à présent la principale source de devises.

 

Une récente mission du BIT au Népal a conclu qu'à ce jour la part des recettes en devises constituée par les envois de fonds était supérieure à la somme des recettes d'exportation de produits manufacturés, du tourisme, de l'aide internationale et autres sources réunies.

 

Des recherches donnent également à penser que la solidité de l'économie, en dépit de tous les indicateurs macroéconomiques négatifs, est probablement due à l'afflux massif des fonds des émigrés.

 

Dans certains pays, on estime que la moitié seulement des fonds envoyés passe par les circuits bancaires officiels, les migrants étant peu enclins à recourir à cette méthode en raison de la complexité des démarches, des commissions élevées et des taux de change peu favorables.

 

Si l'on prend en compte les fonds qui ne passent pas par les circuits bancaires officiels, le flux global annuel des envois de fonds à destination des pays en développement dépasse probablement les 100 milliards de dollars US.

VI. La CGTM face à la problématique de la migration

La Mauritanie est depuis la nuit des temps un pays d'émigration où des brassages ethniques et culturels ont appris à cohabiter fondant ainsi le socle de la nation. Cette diversité a créé et engendré des richesses et des valeurs fondamentales qui sont les sources vitales et le creuset de notre civilisation contemporaine.

 

En raison des phénomènes de la mondialisation et de ses répercussions décrites déjà, mais aussi et surtout, en raison des récentes découvertes de pétrole, notre pays va connaître des flux migratoires dont l'arrivée constitue des enjeux importants.

 

Aussi, la Mauritanie a été, depuis des siècles, un terreau d'immigration vers les pays voisins pour des facteurs religieux, commerciaux et culturels.

Toutefois, à partir de la fin des années 70, de nouvelles destinations d'émigration des nationaux mauritaniens se sont multipliées, élargies et ont commencé à atteindre toutes les parties du monde (Europe, Amériques, Afrique, Golfe Arabique et Moyen Orient).

 

La gestion de ces flux migratoires demeure au cœur des préoccupations des principaux acteurs nationaux dont la CGTM.

 

Ces préoccupations tournent autour des priorités suivantes :

 

- Base de données fiables sur les flux migratoires ;

- Législations nationales et sous-régionales adaptées et harmonisées ;

- Ratification des Conventions 97 et 143 de l'OIT sur la migration ;

- Genre et migration de travail ;

- Mécanismes tripartites nationaux et régionaux de gestion de la migration ;

- Observatoire national sur la migration ;

- Respect et application des Normes fondamentales de l'OIT ;

- Organisation des travailleurs migrants et leur implication à ces mécanismes ;

- Signature d'accords bilatéraux et multilatéraux sur la migration.

 

Le tout reposant sur la lutte contre les discriminations, la xénophobie et pour l’égalité.

 

Notre participation active au projet du BIT avec le soutien financier de l'Union européenne sur la migration de main d'œuvre pour le développement et l'intégration en Afrique, et notre implication dans les activités des deux sous régions du Maghreb arabe et de l’Afrique de l'Ouest vont favoriser l’acquisition de compétences et de capacités propres nécessaires pour la réalisation des objectifs que nous nous sommes fixés dans le domaine de la migration.

Notre stratégie et nos différents plans d'action doivent prendre en compte la dimension très complexe et controversée de la migration tant sur le plan national, régional et international. .

 

Le Comité Exécutif

 


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Dernière modification : 20 décembre 2005