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Confédération Générale des Travailleurs de Mauritanie

C. G .T .M.

 

3ème congrès ordinaire, 19-21 décembre 2005


  

Rapport sur l’Économie Informelle

 

 I. Introduction

Ne disposant pas du complément de qualification rendu nécessaire par l’évolution des techniques, la concurrence mondiale est aggravée par les politiques du FMI et la BM de nombreux travailleurs courent le risque d’être évincés de l’emploi ou cantonnés dans les secteurs mal rémunérés et précaires du marché du travail ;

 

Dans les pays industrialisés, ce processus se traduit par de très forts taux de chômage, une baisse de salaires et la montée du travail à temps partiel ou temporaire.

 

Dans les pays en développement, la pénurie d’emploi dans le secteur structuré de l’économie, ainsi que le manque de qualification d’une large fraction de la main d’œuvre, ont conduit à l’essor de l’économie informelle dans laquelle la plus part des travailleurs occupent un emploi faiblement rémunéré dans des conditions de travail très médiocres et non réglementés.

 

Dans notre pays, les activités informelles se sont multipliées depuis l’indépendance, particulièrement dans les centres urbains ou le secteur structuré n’a pas réussi à absorber la main d’œuvre produite par l’urbanisation accélérée que le pays a connu.

 

II. Définition de l’économie Informelle

 

Le secteur de l’économie informelle: Concept et définition

 

«On peut le voir de manière positive en tant que source d’emplois et de revenus pour des millions de personnes qui, autrement, ne disposeraient d’aucun moyen de subsistance.

Il peut être vu négativement dans la mesure où c’est un segment entier de la société qui échappe à toute réglementation et protection.

Il peut être perçu de manière romanesque en tant que terrain propice à l’esprit d’entreprise, qui pourrait s’épanouir si seulement il n’était pas gêné par un tas de réglementations et une bureaucratie inutile. Il peut être condamné en tant que source de retard, de pauvreté, de crimes et de conditions insalubres…»

(BIT: le dilemme du secteur non structuré, rapport du Directeur Général, 1991)

 

Þ La notion d’informalité a été créée par l’OIT au début des années soixante dix à la suite d’une étude menée au Kenya. L’expression «secteur informel» servait à décrire des activités spécifiques exercées dans les Pays en Voie de Développement. Elle mettait en évidence des «travailleurs pauvres» dont les activités n’étaient pas reconnues, enregistrées, protégées et/ou réglementées par les pouvoirs publics.

 

ll. Pourquoi «Economie informelle»»au lieu de «Secteur informel» ?

 

L’expression «Economie informelle» a été officialisée par la résolution concernant le travail décent et l’économie informelle de la Conférence Internationale du Travail de 2002.informelle (CIT 2002)

Elle fait référence à toutes les activités économiques des travailleurs et d’unités économiques qui ne sont pas couverts --en vertu de la législation ou de la pratique --par des dispositions formelles.

L’expression «économie informelle» est préférable à celle de «secteur informel» parce que les travailleurs et les entreprises dont il est question ne relèvent pas d’un secteur unique d’activités économiques mais de plusieurs.

L’expression «Secteur informel» tend à minimiser l’importance des liens et des interdépendances qui existent entre activités formelles et activités informelles.

 

Les travailleurs et les travailleuses de l’économie informelle comptent des salariés et des personnes travaillant pour leur propre compte.

La plupart des personnes travaillant pour leur propre compte sont aussi vulnérables et manquent autant de sécurité que les salariés et passent d’un statut à l’autre.

Les deux catégories de travailleurs et de travailleuses sont définies comme une main d’œuvre privée de toute forme de droits, de représentation et de protection.

 

L’économie informelle est un ensemble d’activités économiques qui nécessitent beaucoup de main-d’œuvre, avec une productivité relativement faible et se situant essentiellement en dehors du domaine de la réglementation ou de l’assistance gouvernementale.

 

III. Genre d’activités de l’économie informelle

L’économie informelle absorbe souvent les nombreux candidats malheureux à l’emploi : les travailleurs compressés du secteur formel ainsi que ceux qui n’ont pas de niveau d’éducation ou les compétences requises.

C’est à ce niveau que l’on rencontre le plus de femmes et de jeunes qui perçoivent de bas salaires.

 

Les activités de l’économie informelle, sont des activités de petites envergures qui ne sont généralement ni reconnues, ni enregistrées, ni réglementées.

Les opérateurs sont de petites entreprises qui embauchent une main-d’œuvre temporaire, « des entreprises »familiales qui recourent principalement au travail des membres de la famille et des travailleurs indépendants.

Les activités illégales ou illicites abondent dans l’économie informelle. Le trafic ne connaît pas de frontières et porte sur toutes les activités inimaginables (produits agricoles, produits pharmaceutiques, voitures, etc.….)

Les modes de production supposent davantage de fonds de roulement que de capitaux fixes.

Il existe rarement de contrat en bonne et due forme entre employeurs et salariés ou entre acheteurs et vendeurs. Ces activités sont souvent occultes et échappent généralement au fisc. Le trafic de cette économie informelle est devenu une réaction généralisée à la mauvaise gestion économique, à la corruption politique et à la baisse des niveaux de vie.

Outre la mobilité de la main-d’œuvre, il faut prendre en considération l’impact indirect de la perte de revenus imposables au détriment de l’Etat qui, sans doute est considérable.

 

IV. Rôle de l’économie informelle dans l’économie nationale

L’économie informelle joue un rôle de plus en plus important dans l’économie et contribue substantiellement à l’emploi, au produit intérieur brut, à la distribution des revenus et même à la formation à travers l’apprentissage.

Elle emploie probablement aujourd’hui le tiers de la population occupée (estimée à 31, 4% en 1999) ; Ce pourcentage est prépondérant dans le domaine de l’emploi urbain (plus de 70%).

Les effectifs de l’emploi informel urbain en 1999 ont été estimés sur la base de l’enquête réalisée par l’ONS en juillet 1992 à 114929 personnes dont 47% d’indépendants. Ce type d’emplois serait en 1999 de l’ordre de 152 000.

 

Le secteur est largement dominé par les activités commerciales (43%) et les indépendants occupent à son sein une place centrale (66%).

En matière de formation, il connaît des retards considérables : plus de 72% des employés n’auraient reçu aucune éducation formelle et seulement 1,5% parmi eux auraient bénéficié d’une formation technique et professionnelle.

L’économie informelle est source non négligeable d’emplois.

 

Dans l’ensemble, en Afrique, l’emploi dans le secteur informel constitue plus de 60% de l’emploi urbain total. Dans les pays disposant de statistiques, ce pourcentage est passé de 57% en Bolivie et à Madagascar, 56% en Tanzanie, 53% en Colombie, 48% en Thaïlande et 46% au Venezuela.

Ces rares données disponibles permettent, toutefois, de souligner que l’économie informelle joue pour l’emploi des non scolarisés et des non qualifiés un rôle de premier ordre, il reflète l’importance de l’auto emploi.

 

V. Action à mener à l’endroit du secteur de l’économie informelle.

La population occupée de notre pays a connu un accroissement de 2,4% par an sur les périodes 1988 / 1999, où elle est passée de 90 000 à 377 000.

Cet accroissement a été, cependant, de 2,8% en moyenne sur les années 1996-1999.

Cet accroissement se caractérise par :

5.1 le secteur de l’économie informelle urbaine :

Il a été marqué sur la décennie précitée par un taux de croissance annuel élevé avoisinant les 5% (150 000 personnes en 1999, contre en 1988).

 

5. 2 le secteur des entreprises modernes :

Ce secteur a enregistré un taux de croissance moyen de l’ordre de 4% par an en une décennie.

L’augmentation en terme des effectifs a été, néanmoins, relativement faible (13 000 personnes dont environ 6000 au cours des années 1996-1999).

 

5.3 la Fonction Publique

Le taux de croissance des effectifs sur la décennie n’a été que de 3,5% en moyenne par an entraînant une augmentation de 7 000 des effectifs globaux dont 2 300sur les périodes 1996-1999.

5.4 le secteur rural :

Principal bastion d’emploi, il a enregistré un accroissement des effectifs de 1,3% par an sur la décennie (1988 – 1999), les gains en termes d’emplois ont évolué à 55000.

Il ressort de ce qui précède que :

- l’emploi rural et l’emploi informel ont connu des évolutions opposées :

- l’emploi rural a décliné passant de 59% des effectifs de l’emploi en 1988 à 52% en 1999 alors que secteur informel a progressé pour représenter en 1999 environ 31% des emplois contre 24% en 1988

 

Ce secteur a représenté plus de 70% de l’emploi.

A l’heure actuelle, dans les pays en développement et en particulier dans notre pays la majorité des emplois se crée dans l’économie informelle.

 

Compte tenu de l’importance des effectifs des travailleurs de ce secteur et de sa contribution à la création d’emplois, une action concertée est nécessaire à deux niveaux :

 

A. Au niveau du syndicat

Le secteur de l’économie informelle constitue aujourd’hui un bastion de premier plan pour le recrutement de nouveaux adhérents et l’élargissement de la base syndicale, comme l’atteste notre expérience de deux années de mise en œuvre des projets de collaboration avec le Mouvement pour la Solidarité Internationale (MSI) de la CGSLB de Belgique et la CISL pour le renforcement des capacités syndicales et organisationnelles des femmes.

 

Notre organisation doit, par conséquent, avoir une perception plus claire de cette économie informelle et de ses travailleuses et travailleurs et définir une politique appropriée pour gagner davantage en représentativité.

Et cela passe par :

 

Ø Analyser et se concentrer sur les problèmes des différentes catégories de travailleurs et de travailleuses de l’économie informelle et élaborer avec eux des stratégies qui répondent à leurs préoccupations.

 

Ø Aider à la création de syndicats de travailleuses et de travailleurs de l’économie informelle.

 

Ø Cibler les associations existantes et les aider à se transformer en syndicats.

 

Ø Aider les travailleuses et travailleurs de l’économie informelle à s’organiser par la mise en place de mutuelles de santé, de coopératives d’épargne et de crédit ainsi que de micro projets de production et de consommation.

 

Ø Développer des alliances, des relations de coopération et des actions communes avec les associations et coopératives oeuvrant dans l’économie informelle.

 

Ø Assurer la formation par le biais de stages ou d’apprentissages.

 

Ø Adapter les structures des syndicats et leur mode de fonctionnement à la situation des travailleuses et travailleurs de l’économie informelle et à leurs organisations.

 

Ø Développer une action normative (législation) pour étendre la législation au secteur de l’économie informelle et le faire évoluer vers une économie formelle.

 

Ø Adopter et mettre en œuvre un Plan d’Action Stratégique d’organisation et/ou de coopération avec les travailleuses et travailleurs de l’économie informelle comportant les éléments suivants:

- Les cibles

- L’Objectif général (ou de développement)

- Les Objectifs spécifiques (immédiats ou opérationnels)

- Les Activités à mettre en œuvre

- Les Résultats attendus

- Les Indicateurs objectivement vérifiables des résultats,

- Les Sources de vérification des résultats,

- Les ressources nécessaires

- Le plan de mise en œuvre

 

A cette fin il est impératif que les organisations d’employeurs et de travailleurs, de concert avec le gouvernement, entreprennent des actions concrètes pour mettre en pratique le consensus sur le travail décent et l’économie informelle, intervenu au cours de la Conférence internationale du Travail de 2002.

 

B. Au niveau du gouvernement

 

La prise en charge des préoccupations des travailleuses et travailleurs doit être une dimension importante dans les politiques de lutte contre la pauvreté, contre le chômage et pour la création d’emplois décents.

 

A ce niveau, les pouvoirs publics en particulier doivent s’atteler :

- à adapter la législation et la réglementation du travail, la fiscalité…etc., aux besoins de protection sociale des travailleuses et travailleurs de l’économie informelle et de d’insertion dans la vie active.

- à leur faciliter l’accès aux crédits avec des taux d’intérêts incitatifs afin d’améliorer la productivité de leurs activités et leurs revenus.

- Assurer la formation par le biais de stages ou d’apprentissages.

- Etendre le champs d’action de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale afin que les travailleurs puissent bénéficier de leur affiliation à cette institution.

 

Le Comité exécutif

 


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Dernière modification : 20 décembre 2005