Intervention
de JLBEKAMBA CGT-FQ au Congrès de la CGTM Mauritanie (Décembre 2005)
- Mr le Ministre de la
Honorables invités,
- Chers Camarades
congressistes, Mesdames, Messieurs,
Les relations qui existent
entre la Confédération Générale des Travailleurs de Mauritanie(CGTM) et la
Confédération Générale des Travailleurs Force-Ouvrière de France (CGT-FO),
ne sont plus à démontrer, elles ont toujours été excellentes, et elles
s'inscrivent dans l'histoire de la coopération entre Force-Ouvrière et les
centrales syndicales africaines.
C'est ainsi que je vous
apporte, Camarade Secrétaire Général, Mesdames et Messieurs, Chers camarades
Congressistes et honorables invités, les salutations fraternelles et amitiés
syndicalistes de Jean-Claude MAILLY, secrétaire général de la CGT-FO et de
l'ensemble des militantes et militants de FO.
Ce congrès se déroule à une
période assez agité sur le plan social au niveau mondial (l'Europe sociale
par exemple est très agitée en ce moment comme vous le savez, avec le sort
qui a été réservé au projet de constitution européenne dans certains
pays...), l'ouverture du capital de certaines entreprises publiques, et les
délocalisations qui frappent les pays les plus riches de l'Union en faveur
des anciens pays de l'Est rendent de plus en plus délicates les relations
sociales, et la conférence ministérielle de l'OMC qui vient de s'achever à
Hong Kong.
-Comment ne pas évoquer le
dernier congrès de la C1SL qui s'est tenu à Miyazaki au Japon en décembre
2004, congrès au cours duquel on a largement débattu de la fusion entre les
2 plus grandes confédérations mondiales des travailleurs, il s'agit de la
fusion entre la Cisl et la Cmt. Je ne trahirais aucun secret en disant ici
que le congrès unificateur ou constitutif, c'est-à-dire le mariage de ces 2
entités syndicales internationales aura lieu en novembre 2006 en Autriche,
c'est-à-dire dans à peu près un an jour pour jour, il sera précédé la veille
par un congrès de dissolution de la CISL et de la CMT, et je sais aussi que
le camarade Secrétaire Général, qui déborde de dynamisme en défendant
partout dans le monde la cause des travailleurs de ce pays, suit avec
beaucoup d'attention l'évolution de ce dossier, et que les rapports sur
l'état d'avancement de ce projet vous parviennent en temps réel...
-On ne peut pas ne pas évoquer
le conseil d'administration du BIT du mois de mars dernier qui a donné son
soutien aux prévisions en matière de programme et de budget.
Dans ce nouveau programme,
l'accent est mis sur le travail décent comme but global et sur le lien entre
les actions des entreprises au niveau local, national, régional et
international, y compris les programmes nationaux sur le travail décent.
Ce nouveau programme renforce
et approfondit les quatre objectifs stratégiques de TOIT à savoir:
-promouvoir les normes et les
principes fondamentaux et les droits au travail
-créer de meilleures chances
pour les femmes et les hommes de s'assurer un travail ainsi qu'un revenu
décents
-renforcer la couverture et
l'efficacité de la protection sociale pour tous et,
-rendre plus efficace le
dialogue tripartite et social
Le programme propose également
des initiatives sur le travail décent pour les jeunes, sur la responsabilité
sociale de l'entreprise, sur les zones franches d'exportation et sur
l'économie informelle.
Le groupe de travail s'est mis
d'accord pour renforcer ses partenariats avec les autres agences
multilatérales pour le développement des politiques cohérentes en
particulier avec la Banque Mondiale, le FMI, l'OMC et d'autres acteurs avec
d'autres mandats, et a demandé la préparation d'une étude sur les liens
entre croissance, investissement et travail décent pour un examen qui a eu
lieu à la fin du mois d'octobre dernier.
Le troisième événement c'est le
forum social mondial de 2005 à Porto Alegre au Brésil en février dernier.
Chers camarades et honorables
invités, les forum sociaux mondiaux sont actuellement le principal espace de
visibilité pour les organisations(associations, syndicats, et autres
mouvements sociaux) qui se considèrent partie prenante de la mouvance
altermondialiste, que l'on peut définir en première approximation comme la
mouvance où se retrouvent des organisations militant pour une juste
répartition des richesses, un respect des droits, une économie placée au
service des hommes, la promotion de la paix.
Ce 5ieme forum social mondial a
témoigné de nouveaux liens et de nouvelles habitudes de travail entre les
acteurs du mouvement altermondialiste. Les ateliers et tables rondes ne sont
plus les lieux où l'on vient écouter les leaders de la contestation
planétaire.
Le forum a perdu en
contestation et en subversion, et a gagné en recherche d'efficacité, de
synergies autour de campagnes communes. On vient pour présenter son travail,
rechercher des alliances et voir ce qui peut être fait ensemble. Le forum a
gagné en maturité.
La dynamique des forums a
influencé le débat public à l'échelle internationale. Il a en outre confirmé
une complémentarité mais aussi une possible confusion entre l'action des ONG
et celle des syndicats, à la fois sous l'angle des champs
couverts(responsabilité sociale des multinationales, travail des enfants,
travail décent) et sous l'angle des pratiques(élaboration de véritables
plates-formes revendicatives par des ONG ou des collectifs d'ONG).
Ce 5ieme forum social mondial a
confirmé, si besoin était, que l'acteur étatique ne peut pas embrasser seul
la complexité des questions liées au développement dans le cadre de la
mondialisation. Il est désormais absolument nécessaire de faire appel à
l'expérience et au savoir-faire d'une grande diversité d'acteurs, dont les
syndicats, à la fois en terme d'analyse des besoins, des choix politiques,
et de mise en œuvre des actions de coopération.
On ne peut pas non plus ne pas
évoquer, chers camarades et honorables invités, la réunion ministérielle de
l'OMC qui vient de s'achaver à Hong Kong sur un constat d'échec. Comment
pouvait-il en être autrement, l'égoïsme et l'hypocrysie des 2
superpuissances économiques mondiales, l'Europe et les USA, s'étant encore
manifesté tout au long des discussions, pour arriver à ce que le commun des
mortels pressentait bien avant l'ouverture de cette conférence.
Ce sujet, Chers camarades,
intéresse directement les pays en développement, car plus de 70% des pauvres
des pays en développement vivent dans les zones rurales, et le développement
rural est essentiel pour étendre à d'autre l'abondance que seules
connaissent quelques parties du monde.
Beaucoup des pays les plus
pauvres du monde sont presque entièrement tributaires de leur production
agricole, et souhaitent en vain, que des disciplines s'appliquent au soutien
à l'agriculture et qu'il y ait effectivement une certaine ouverture des
marchés. Ces pays ont été déçus par les résultats de la dernière série de
négociations agricoles, celles du cycle d'Uruguay.
L'importance de l'agriculture
pour les pays en développement est attestée par les nombreuses alliances
différentes qui se sont constituées à l'OMC sur cette question, et l'on sait
que les quatre pays africains auteurs de l'initiative sur le coton demandent
avec insistance la réforme de toutes les politiques qui faussent les
échanges de ce produit, il en est de même de la banane et de bien d'autres
produits dont les pays africains sont principaux producteurs mondiaux.
On retiendra en tout cas que la
question agricole, loin d'être une affaire du temps passé comme le proclame
le lier ministre britannique, mobilise américains, européens, pays émergents
et monde en développement dans un grand jeu de poker menteur.
Les 2 grands de ce commerce,
USA et Union Européenne, ont multiplié depuis des années les moyens de
protéger leurs agricultures réciproques : soutiens internes aux paysans,
subventions à l'exportation des produits, droits de douanes restreignant les
échanges, protection de certains produits sensibles...un véritable maquis
qui permet une guerre des chiffres sur des bases pas forcément
comparables...et tout cela au détriment des pays du 1/3 monde, dont les pays
africains, dont on prétend défendre les intérêts lors des sommets
mondiaux(suivez mon regard), les exemples de la banane et du coton pour les
pays africains sont édifiants à cet égard...
Tout cela est bien beau me
direz-vous, et c'est vrai, car je pense personnellement, et cela n'engage
que moi, que les pays en voie de développement et ceux qui veulent les aider
à se développer ne peuvent se contenter de répéter les lieux communs de la
pensée unique sur le développement économique, le travail et la formation
dans l'ère postmoderne.
Il faut se défier des
unanimités réthoriques qui se réalisent dans les instances internationales
autour d'une série de vœux pieux qui s'avèrent dérisoires face à la
situation catastrophique que vivent les pays du Sud.
Des richesses sont créées mais
ne sont d'aucun profit pour trop de pays et trop de personnes. C'est d'une
certaine façon poser la question essentielle de la répartition des richesses
alors que la globalisation-mondialisation de l'économie conduit aujourd'hui
à l'augmentation du chômage à l'échelle mondiale, à l'accroissement des
inégalités, de la précarité et de la pauvreté, terreau des guerres et du
terrorisme dont les populations et les travailleurs sont encore et toujours
les victimes.
Sur le plan du travail, alors
que le chômage et la précarité, qui conduisent inéluctablement à la
pauvreté, demeurent le lot quotidien pour nombre de salariés, l'on constate
que de nombreux pays mettent en œuvre une politique fondée sur
l'individualisation des relations du travail, la culpabilisation des
salariés, et exercent des pressions sous forme de chantage à l'emploi. Ces
orientations s'accompagnent de la mise en cause du droit syndical et du
droit de grève.
Ce contexte doit appeler à la
plus grande détermination et mobilisation pour défendre l'emploi, la
protection sociale collective solidaire et égalitaire, le service public, le
code du travail et les conventions collectives, le droit syndical et le
droit de grève et d'action solidaire interprofessionnelle.
Ces principes n'ont de réalité
que s'ils s'appuient sur l'indépendance syndicale et la capacité pour les
salariés et leurs syndicats d'établir un rapport de force leur permettant
par la négociation et l'action, de défendre leurs intérêts et faire valoir
leur revendication, et tout ceci dans le respect des institutions de chaque
pays.
Camarade Secrétaire Général,
Mmes et Mrs, chers camarades et honorables invités, revenons un instant si
vous le voulez bien à ce pourquoi nous sommes tous réunis ici, c'est-à-dire
le Congrès de la CGTM, votre Congrès.
Un congrès est toujours
l'occasion, et vous en conviendrez avec moi je suppose, d'ouvrir le débat
aussi large que possible, en bons démocrates, de donner la parole aux
militants , c'est-à-dire à leurs délégués, de faire le point sur ce qui a
été fait, qui aurait dû l'être, de se livrer à un exercice de critique de
soi, de se regarder en face, de se faire violence, certains diront une
séance publique et collective d'auto flagellation, nul n'étant parfait, de
s'engueuler comme des chiffonniers et, chacun ayant cracher son venin, de se
rabibocher et fixer ensemble les grandes orientations de politique syndicale
pour les décennies à venir.
Vous êtes appelés, d'après ce
qui est prévu à désigner celui qui conduira les destinées de votre centrale
dans les 4 à 5 années à venir, donc de désigner un nouveau bureau exécutif,
et renouveler vos instances.
Chers camarades, il ne s'agit
pas de faire le procès, ou de se prononcer pour ou contre l'exécutif actuel
de la CGTM. C'est absurde. L'exécutif de la CGTM, c'est la CGTM, on ne peut
donc pas être contre cet organe qui est l'émanation démocratique du souhait
émis par les militants lors de votre dernier congrès. Peut-être
conviendrait-il d'exiger plus deftransparence et de rigueur dans la gestion
et l'application des dispositions statutaires de l'organisation. Il ne
m'appartient pas ici de m'ériger en donneur de leçons, exercice que je
réfute personnellement, le congrès est souverain.
La CGTM que nous, partenaires
du Nord souhaitons signifie, perspectives, projets, dynamisme, ambition
partagée et réalisme, débarrasser des oripeaux de haine, de rancœur et de
suspicion permanente, afin qu'elle s'inscrive, s'implique et contribue au
développement de ce pays. Elle devrait jouer un rôle clé dans l'espace
africain francophone au sein de la CEDEAO, de l'UEMOA, et de la francophonie
syndicale.
Nul ne l'ignore, le rôle d'un
syndicat c'est de représenter et de défendre l'ensemble des travailleurs
actifs, chômeurs et retraités, quelque soit leur âge, leur race, leur sexe,
leurs opinions. C'est donc d'assurer la solidarité entre les catégories, les
générations, mais c'est aussi de préparer l'avenir, d'assurer la pérennité
du mouvement car il est utile et nécessaire à la vie démocratique.
Mmes et Mrs chers camarades et
honorables invités, l'émotion qui est la nôtre aujourd'hui et que nous
ressentons tous ne doit pas nous dispenser de la réflexion. Il est donc bon
que le congrès puisse débattre, non pour opposer des vues partisanes, mais
pour éclairer un chemin dont chacun pressent qu'il sera long et difficile.
Il et temps de dire la vérité à
vos militants : nous sommes entrés dans le 21ieme siècle. Il est, et sera
difficile, car le défi est immense et les anciennes stratégies ont fait
faillite. Bien des illusions se dissipent, et d'abord celle d'une
mondialisation heureuse qui signifierait aussi la fin de l'Histoire. On
devrait redécouvrir la fonction originelle du syndicalisme qui est la
défense, la protection et la garantie du bien-être des travailleurs actifs,
chômeurs et retraités quelque soit leur âge, leur race, leur sexe, leurs
opinions,...
C'est ensemble que vous
obtiendrez satisfaction et donnerez corps à une évidence aujourd'hui bonne à
rappeler : ce sont les femmes et les hommes par leurs engagements, leur
détermination, leur action, qui font évoluer la société.
Avant de terminer mon propos,
je voudrais, camarade Secrétaire Général vous remercier personnellement, et
à travers vous, tous les militants de la CGTM pour le travail inlassable que
vous avez accompli à la tête de la CGTM durant ce mandat qui s'achève, vous
vous êtes dépensé sans compter et vous avez porté haut et fort en Afrique et
à travers le monde l'ambition légitime des travailleurs mauritaniens...
Je voudrais vous remercier
camarade Secrétaire Général, pour l'accueil qui nous a été réservé, et la
disponibilité qui est la vôtre pour rendre agréable notre séjour en terre
mauritanienne.....je dois préciser que c'est sous la menace que je me vois
obliger de le féliciter et le remercier sans arrêt...
VIVE la coopération entre la
CGTM et FORCE-OUVRIERE
VIVE la Confédération Générale
des Travailleurs de Mauritanie, Bon Congrès en vous souhaitant de bons et
fructueux travaux...
Mesdames et messieurs,
camarades congressistes et honorables invités, je vous remercie

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