- Le
Collectif des Chauffeurs MKT en grève
Lettre ouverte
au Directeur de Woodside
- Le Secrétaire général de l'ICEM au
président du CMJD
A
Monsieur Le
Directeur Général
de Woodside Mauritanie
Nous venons par la
présente vous faire-part de ce qui se passe entre nous chauffeurs MKT en
mission dans votre institution et notre employeur.
Vu que nous nous sommes
aperçus que nous
sommes exploites
malhonnêtement par notre
employeur, nous lui avons demandé de nous régler ce qu'il nous doit, c'est à
dire :
1.
Sur le contrat qui nous lie à MKT, il est écrit comme salaire de base
30.000UM et sur les bulletins de salaire qu'ils nous ont donnés
pendant les deux derniers mois et qu'ils ont de surcroît arrêté pour le mois
de septembre
passé. Vu que nous nous sommes aperçus de leur manigance, il est noté sur ce
bulletin de salaire : salaire de base 21.000 UM.
2.
Nous travaillons 240 heures dans le mois et ils nous paient 173.3 heures et
çà pendant une année, nous avons demandé des explications.
3. Pendant
une année, nous travaillons 12heures dans la journée sans pause et pendant
ce mois de
ramadan, nous faisons la rupture dans les véhicules ; nous avons demandé une
heure de pause pour la rupture mais en vain. Si, Monsieur le Directeur,
demander ses droits est une faute grave,
je ne vois pas ce qui ne
l'est pas.
4. Monsieur
le Directeur,
ce n'est pas parce que l'employeur essaie
de nous écarter
que nous faisons ces révélations, loin de là.
5.
Monsieur' Le Directeur, vos protégés c'est à dire les expatriés, sont en
danger dans les véhicules actuellement ; nous nous expliquons : 80% des
chauffeurs en service actuellement n'ont pas le VSAT, les 10% qui en ont,
faites un effort au niveau de la sécurité et vous vous rendrez compte qu'ils
n'ont pas 5/10 de moyenne dans le stage sterling qu'on a fait avec Mr Djinn
et les 10% restants sont des éléments qui ont été renvoyés pour des
accidents et des fautes graves qu'ils ont récupéré et les ont mis à votre
service.
6. Monsieur
Le
Directeur, nous avons demandé des discussions avec MKT pour l'élection de
nos délégués qu'il a acceptées par !a correspondance n° 0598/DE/ON/MKT/O5 du
12/10/O5, Nous avons arrêté avec l'employeur que nos revendications
(plate-forme) seront discutées après l'élection des délégués pet'
correspondance n°10/Inspection du travail du 12/10/05. A la surprise
générale, MKT a décidé de renvoyer comme des badauds nos éIéments sans
écrit, soit disant qu'ils ont commis des fautes graves.
7.
Monsieur Le Directeur, ils ne vous diront pas la réalité des faits parce
qu’ils ont infiltré quelques responsables de votre management qui vous
diront toujours que c’est MKT qui a raison. Il est bien courant que notre
grève est légale, nous étions en train de travailler en attendant l'élection
de nos délégués. C'est MKT qui a tout commencé en renvoyant nos collègues la
nuit du 13 au 14/10/05 avec tout çà, on a tenu à ce que le travail continue
jusqu'au lendemain et nous avons tout simplement demandé l'intégration de
nos collègues, ce que l'employeur a refusé. Pour savoir qu'ils vous ont
trompés, la version qu'ils ont envoyée à Woodside et que vous devrez avoir
sous la main, et celle envoyée au Ministère du Travail sont contradictoires.
Ils ont dit au Ministère du Travail que nous avons divulgué les secrets de
la société et que nous sommes en contact avec une autre société pour leur
faire perdre leur contrat ; ce qu'ils ont oublié, ce sont eux les champions
de ce genre de manœuvres et ils sont passés par-là avec la complicité de
certains chauffeurs pour faire perdre Elite son contrat au niveau de
Woodside. Ils ont dit aussi que nous avons menacé l'envoyé de Woodside, M.
Cheikh Fall, ce dernier a démenti devant le
secrétaire Général de la
CGTM.
8.
Monsieur Le Directeur, notre lutte est légale et nous la mènerons jusqu'au
bout, vous allez savoir la vérité après tout
çà.
9.
Monsieur Le Directeur, vous n'êtes pas sans savoir les relations qui
existent entre MKT et le régime déchu, ils veulent nous pousser à marcher, à
casser, pour saboter le travail de redressement que le CMJD est en train de
faire, ;nous vous jurons que nous ne tomberons pas dans ce piège. Nous
continuerons à revendiquer paisiblement nos droits sans cris ni tambours
(lentement
mais sûrement).
10.
Monsieur Le Directeur, la plus grande provocation est qu'ils ont 99% des
chauffeurs maures blancs actuellement et les écartés sont de majorité
négro-africaine, tout çà pour nous diviser mais
çà ne marchera pas.
11.
Monsieur Le Directeur, pour conclure, nous vous signalons que votre société
est en train de cautionner la mise dons la rue de 143 pères de famille sans
raison et en
plein de ramadan.
Très haute considération.
Fait à
Nouakchott
f
le
19/10/2005
Le Collectif
des Chauffeurs MKT en grève
P.
Jointes :
-
Déclaration de la CGTM du 14/10/05
- Lettre MKT
adressée à la Direction du Travail du 12/10/05
- Copie de
contrat entre chauffeurs et MKT
- Copie
bulletin de salaire
- Copie PV
de conciliation d'un différend collectif de travail
- Lettre de
soutien de la section syndicale de Schenker

Ref:
ICEM05/FRGC/5
A l’attention du
Président du Conseil Militaire
pour la Justice et la
Démocratie
République Islamique de
Mauritanie
Fax : +222 525 98 01
Bruxelles, le 20 octobre 2005
Monsieur le Président,
Grève des
travailleurs de MKT
Les travailleurs de la
Société MKT assurant le transport et la logistique pour le secteur pétrolier
en Mauritanie sont en grève générale depuis plusieurs jours. Celle-ci
impliquant des droits fondamentaux et universellement reconnus des
travailleurs, nous la suivons avec toute l’attention qu’elle mérite et nous
sommes en train d’alerter nos membres, le mouvement syndical international
et la presse à son sujet.
La CGTM nous informe que
cette grève est intervenue après des négociations dures entre la Société et
ses travailleurs arbitrées par l'Inspection du Travail du ressort et qui
avaient abouti à un protocole d'accord pour l'élection du collège des
délégués du personnel le 1er novembre 2005 et le démarrage des négociations
autour de la plate-forme revendicative.
Or, MKT a pris le 14
octobre 2005 la grave décision de licencier 16 travailleurs dont 10 proposés
aux fonctions de délégués du personnel. La Direction de MKT avait déclaré à
l’inspection du travail être consciente «que son acte de licenciement est
illégal et viole la loi, mais qu’elle la maintient parce que disposée à en
assumer toutes les conséquences, même s'il faut troubler la paix sociale».
Les Conventions 87 et
98 de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) sur la Liberté
Syndicale et le Droit de Négociation Collective sont ici gravement bafouées.
Vous n’êtes pas sans savoir que l’OIT est une agence spécialisée des Nations
Unies et que ses Conventions, négociées de façon tripartite entre les
représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs font
universellement autorité en matière de relations sociales.
Le Ministre, qui a reçu
le 18 octobre sur sa demande une délégation de la CGTM conduite par son
Secrétaire Général, ne trouve comme réponse à la demande de la délégation
d’aider à trouver une solution au conflit que de manifester un sentiment
d'impuissance face aux agissements de la MKT.
Ce conflit entre MKT
et ses travailleurs repose sur quatre dimensions fondamentales :
1.
La violation des libertés syndicales et des principes et droits fondamentaux
au travail par la société MKT qui a procédé aux licenciements en réponse à
la syndicalisation de ses travailleurs à la CGTM et leur affiliation au
Syndicat des Travailleurs de l’Energie et du Pétrole qui a tenu son congrès
national les 14, 15 et 16 octobre 2005 à Nouakchott.
2.
La sous-traitance et le travail intérimaire qui prennent des proportions
alarmantes avec les ravages qu’ils provoquent dans le monde du travail en
terme de perte d’emplois permanents et d’insuffisance de la protection
sociale, et auxquels les multinationales se prêtent, même si cela viole les
normes internationales du travail.
3.
Le laxisme de l’administration du travail dans son rôle de faire respecter
la législation du travail, ce qui ne favorise pas des relations sociales
fondées sur le droit, mais sur les sentiments et/ou la puissance économique
d’une partie.
4.
Le recours à des
travailleurs non-syndiqués pour tenter de briser la grève.
A ce jour, malgré les
manœuvres de MKT et le comportement de l’administration du travail qui
concourent à un pourrissement de la situation à travers une tactique
d’épuisement des grévistes, les travailleurs de MKT observent, dans leur
écrasante majorité, le mouvement de grève.
Au nom des 20 millions
de travailleurs qu’elle représente dans 120 pays de par le monde, l’ICEM en
appelle à la réintégration inconditionnelle des travailleurs abusivement
licenciés et vous adjure de faire usage de vos bons offices afin de faire
respecter les principes et droits fondamentaux au travail tels que définis
dans les conventions de l’OIT, seule manière de créer un climat de paix
sociale nécessaire à la réalisation des projets d’envergure que votre pays à
l’ambition légitime de développer dans le secteur pétrolier.
Recevez, Monsieur le
Président, l’assurance de ma parfaite considération.

Fred Higgs
Secrétaire Général

Télécharger lettre en pdf
|