Prise de position à propos du coup d’Etat du 03
août 2005
Les faits
Le mercredi 03 août 2005, très tôt dans la matinée, les forces armées et de
sécurité ont réussi un coup d’Etat et publié, dans la même journée, un
communiqué par lequel elles s’engagent à rendre le pouvoir aux civils au
bout de deux ans, après avoir créé les conditions d’un jeu démocratique
ouvert et transparent.
En début de soirée, elles annoncent la constitution d’un Conseil Militaire
pour la Justice et la Démocratie (CMJD) de 17 membres.
Le 04 août, le CMJD annonce la dissolution du parlement tout en maintenant
la constitution qui subira des amendements sur certaines de ses parties.
Le 06 août, le Président du CMJD rencontre les partis politiques, le
patronat, l’ordre national des avocats et les organisations syndicales des
travailleurs pour les entretenir des raisons qui les ont emmené à faire le
coup et de ce qu’ils comptent faire.
Les
raisons du coup
Avec les organisations syndicales, le Président du CMJD est revenu d’abord
sur l’histoire du cheminement politique de la Mauritanie depuis son
accession à l’indépendance en 1960, cheminement marqué par :
- une période durant laquelle un parti unique a dirigé le pays jusqu’en 1978
et instauré la culture du monolithisme ;
- l’arrivée des militaires au pouvoir par coup d’état en 1978 avec la
création des structures d’éducation des masses, qui étaient une autre forme
de parti unique ;
- l’avènement de la constitution de 1991 et du processus démocratique qui
ont permis l’organisation d’élections présidentielles et législatives qui
valent ce qu’elles valent et à la longue, le pays s’est installé dans une
perpétuelle reconduction d’un système exécutif et parlementaire dont le
parti au pouvoir s’est accaparé en se confondant aux institutions de la
République et en ne donnant la possibilité à aucun autre acteur politique
d’influer sur le cours des événements ; le président de la République étant
chef de parti était incapable d’être neutre et de jouer le rôle de
régulation et d’arbitrage entre les acteurs.
Cette situation a conduit à un blocage, à une dérive dangereuse pour
l’avenir du pays (risques de somalisation ou d’ivoirisation), et le pouvoir
en place n’était plus à mesure de faire évoluer positivement la situation,
ce qui les a emmené à prendre le pouvoir, comme moindre mal, pour sauver le
pays des dangers qui le menaçaient.
Ce que compte faire le CMJD
Le CMJD se propose de créer les conditions favorables d'un jeu démocratique
ouvert et transparent, nécessaire à la mise en place de véritables
institutions démocratiques pour une période n’excédent pas deux ans. Il
envisage réaliser cet objectif à travers les actions suivantes :
- opérer des amendements à la constitution à trois niveaux : limiter le
nombre de mandats du Président de la République, réduire la durée du mandat
et revoir l’article 104 de la constitution jugé apocryphe. Les études de ces
amendements et leur adoption par voie référendaire sont prévues pour la
première année de la période de transition et en concertation avec les
acteurs politiques.
- organiser, durant la deuxième année de la transition, des élections libres
et transparentes sous l’égide d’une commission électorale nationale
indépendante à la mise en place de laquelle les partis politiques seront
associés, et la participation d’observateurs internationaux qui le
désireront, aux différentes élections.
- assurer la neutralité et l’indépendance du CMJD vis à vis des partis
politiques et des acteurs économiques et sociaux (le fait d’avoir rencontré
ensemble les acteurs similaires étant une illustration de cette neutralité,
et le CMJD reste disposé à recevoir toute organisation qui en fera la
demande), interdire aux membres du CMJD ainsi qu’aux membres du gouvernement
de transition de se porter candidats aux prochaines élections, et la
dissolution du CMJD après les élections.
Notre position
Fidèle à ses idéaux de paix, de dialogue, de démocratie et de justice
sociale, la Confédération Générale des Travailleurs de Mauritanie :
1. Réaffirme sa désapprobation de tout recours à la force comme moyen
d’accession au pouvoir et son attachement aux formes civilisées d’alternance
démocratique et pacifique.
2. Prend acte, face aux graves dangers qui menacent le pays et à
l’impérieuse nécessite de reformes urgentes et profondes que les
mauritaniens attendaient et attendent encore de tous leurs vœux, des
engagements pris par le CMJD devant la nation et devant l’opinion
internationale et espère vivement qu’ils se traduiront dans les faits.
3. Invite le CMJD à associer les acteurs politiques, économiques et sociaux
représentatifs de la scène nationale à la gestion de la période de
transition, à travers un cadre permanent de concertation, avec un programme
consensuel pour des réformes susceptibles d’apporter des améliorations
significatives sur la situation du pays, pas seulement sur le plan
politique, mais aussi sur les plans économique et social, sur les dures
conditions de vie des travailleurs et des populations de façon générale.
4. invite les acteurs politiques, économiques et sociaux, ainsi que tous les
mauritaniens à placer les intérêts de la nation au-dessus de tout, à tout
mettre en oeuvre pour contribuer positivement à l’avènement des changements
souhaités et éviter toute dérive pouvant conduire à l’instabilité et/ou à la
perpétuation des sentiers battus.
Nouakchott, le 08 août 2005
Le Comité Exécutif
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