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Confédération Générale des Travailleurs de Mauritanie

CGTM

BP 6164 Nouakchott ; Tél./Fax : 525 80 57 ; Courriel : cgtm@toptechnology.mr

 

3ème congrès ordinaire, 19-21 décembre 2005

 


 

La CGTM et la Campagne mondiale de lutte contre la pauvreté

 

I. Introduction

 

Les stratégies mondiales et nationales de réduction de la pauvreté doivent servir de cadre à celles qu'il faut mettre en œuvre sur le plan local pour rompre le cycle du dénuement : faute de possibilités de travail qui assurent un revenu suffisant et de l'exclusion sociale. 

Il convient d'agir au niveau de la communauté locale pour créer plus d'emplois et des emplois décents à l'intention des populations pauvres et accroître leurs chances de vivre à l'abri du besoin. On entend parfois dire, au sujet des pays en développement, qu'il est possible d'y accroître l'emploi pour la grande masse de la population pauvre, qu'il est possible d'y améliorer la qualité de l'emploi, mais qu'il n'est pas possible d'y faire les deux à la fois.

 C'est par une action où l'amélioration de la productivité et la hausse des rémunérations vont de pair avec l'augmentation du pouvoir d'achat et le développement des infrastructures locales qu'on peut parvenir à relever et à stabiliser les revenus des travailleurs pauvres.

Assurer aux gens un emploi à tout prix n'est certainement pas le moyen le plus adéquat de réduire durablement la pauvreté.

 Il est primordial, pour faire reculer durablement la pauvreté grâce à une action élargie et renforcée, que les syndicats, les organisations d'employeurs et les organisations non gouvernementales puissent collaborer efficacement avec les pouvoirs publics, les collectivités locales et les associations de toutes sortes pour promouvoir le travail décent.

 

II. Vue d'ensemble de la Pauvreté

                                                                          

La persistance de la pauvreté à notre époque témoigne d'une faillite morale. Malgré certains progrès, il faut se rendre à l’évidence : alors qu'il n'y a jamais eu autant de richesses, ceux qui vivent dans la misère se comptent par millions.

 La pauvreté est une réalité complexe universelle, profondément ancrée. La moitié ou presque de la population mondiale vit avec moins de deux dollars par jour. Plus d'un milliard de personnes subsistent avec moins d’un dollar par jour. Mais les statistiques ne peuvent mesurer les effets les plus pervers de la pauvreté : sentiment d'impuissance, d’indignité, d’incapacité de penser et de prévoir ou de rêver au-delà du combat quotidien pour la survie.

 Pour les individus et pour les familles, la pauvreté est un cauchemar, un cercle vicieux : santé déficiente, capacité de travail réduite, faible productivité, espérance de vie raccourcie, scolarisation défaillante, manque de qualifications, précarité du revenu, procréation prématurée.

 Pour les sociétés, la pauvreté est une malédiction : elle fait obstacle à la croissance; engendre l'instabilité; empêche les pays d'avancer sur la voie du développement durable.

 Pour nous tous, et pour toutes ces raisons, son coût en vies humaines gâchées est démesurément élevé. Mais la pauvreté comporte une autre dimension. Ceux qui vivent dans le dénuement puisent dans des réserves insoupçonnées de courage, d'ingéniosité, de détermination, de solidarité pour subsister jour après jour. Pour eux il n'existe ni filet de sécurité, ni aide publique, ou si peu. Cette capacité de se battre contre l'adversité témoigne de la résilience et de la créativité de l'esprit humain. Sous bien des aspects, les travailleurs pauvres sont des entrepreneurs par excellence. Notre responsabilité à tous est de les aider à trouver des issues. Car les pauvres ne sont pas à l'origine de la pauvreté. Celle-ci résulte de problèmes structurels et de systèmes économiques et sociaux inefficaces.

 Elle est le produit de politiques inappropriées, du manque d'imagination pour trouver des solutions accentuées par l'insuffisance de l'aide internationale. Accepter qu'elle existe encore aujourd'hui témoigne d'un recul des valeurs humaines fondamentales.

 Certes, la pauvreté est un phénomène mondial, présent dans toutes les sociétés. Aucun pays n'en est exempt ; ainsi, au milieu des années quatre vingt dix, dans 20 pays industrialisés, plus de 10% de la population vivaient en dessous du seuil de pauvreté.

 Les pays riches mènent le combat contre la pauvreté chez eux, mais la communauté mondiale a convenu de joindre leurs efforts pour en éliminer les formes extrêmes dans les pays en développement, ainsi que dans un certain nombre de pays en transition où des formes de misère commencent à apparaître.

 C'est ce défi qui interpelle tous les combattants pour la justice sociale et des conditions de vies décentes !

 

 III. Quelques chiffres importants sur l'état de la pauvreté et de l'emploi dans le monde.

 

III.1 La Pauvreté

  • 1,2 milliards de personnes survivent avec un ou moins d'un dollar par jour.

  • 3 milliards de personnes survivent avec moins de deux dollars par jour.

  • 25% des personnes au travail dans les pays du sud sont pauvres.

  • 54 pays sont aujourd'hui plus pauvres qu'ils ne l'étaient en 1990.

  • Les plus riches, soit 1 % de la population mondiale, touchent un revenu équivalent au revenu collectif des plus pauvres, soit 57% de la population.

 

III.2 L'emploi

  • Le chômage, le sous-emploi et la pauvreté au travail concernent 1 milliard de personnes

  • (Un tiers de la main d’œuvre mondiale), 60% sont des femmes.

  • 185 millions de personnes sont au chômage, 88 millions d'entre elles ont entre 15 et 24 ans

  • 245 millions d'enfants d'entre 5et 17 ans sont au travail.

  • Les femmes gagnent entre 30 et 60% moins que les hommes

 

IV. Etat de la pauvreté en Mauritanie

 

Depuis 1992, le gouvernement a consenti des efforts importants afin de créer de nouveaux emplois productifs dans une optique de lutte contre le chômage et la pauvreté, notamment en milieu urbain.

 La déclaration de politique de population adoptée en 1995, a constitué une étape importante sur la voie de l'élaboration d'une approche globale et cohérente des problèmes de population et d'emploi. Mais, c'est surtout entre 1995 et 1997 que les fondements de la politique de promotion de l'emploi ont été établis.

En effet, c'est au cours de cette période et à l'issue d'un processus de réflexions, d'études et de débats qu'a été élaboré le document-cadre de politique de l'emploi validé par les Etats généraux de l'emploi en février 1997. Le document cadre de politique de l'emploi s'est fixé les quatre (4) objectifs prioritaires ci-après :

- Promouvoir la croissance ;

- Appuyer le secteur privé ;

- Réduire le sous-emploi et le chômage, qui a atteint un taux élevé (21 % environ selon le recensement de 1988) ;

- Faciliter l'accès des groupes défavorisés au marché du travail.

 Malgré, ces mesures, l'enquête de 1996 a démontré que la pauvreté touchait 50% de la population, tandis que l'extrême pauvreté concernait près du tiers de celle-ci.

Les données sur la pauvreté en Mauritanie se basent essentiellement sur les enquêtes permanentes sur les conditions de vie (EPVC). Certaines informations plus actuelles figurent dans le document- cadre stratégique de lutte contre la pauvreté datant de 2001. Le seuil de pauvreté utilisé par les deux enquêtes EPVC est d'un dollar par personne et par jour (soit 53 841 UM en 1996) et celui de l'extrême pauvreté de 40 701 UM.

Indices de pauvreté par Wilaya en % (enquête de 1996)*.

Wilaya

Etendue

Profondeur

Sévérité

Assaba

84,3

41,1

24'1

Gorgol

77,4

32,3

18,0

Hodh El Gharbi

69,5

24,7

11,2

Brakna

67,7

22,7

10,1

Guidimakha

64,6

28,4

15,9

Tagant

59,1

23,4

12,2

Hodh El Charghi

57,8

22,2

10,9

Adrar

50,0

Il,6

3,8

Trarza

49,4

18,0

9,2

Tiris Zemmour

41,8

12,7

5,1

Nouakchott

20,6

4,5

1,6

Nouadhibou

12,9

3,2

1,0

lnchiri

11,6

3,6

1,2

Ensemble du pays

50,0

18,2

9,1

* Source : ONS

Ce tableau démontre que la pauvreté est presque généralisée dans l'Assaba car son étendue y atteint 84,3%. Le Gorgol n'est pas beaucoup mieux loti, du fait, notamment, que sa partie septentrionale s'avance dans l'Aftout, probablement la contrée la plus pauvre du pays.

Les centres économiques du pays notamment, Nouakchott (20,6%) et Nouadhibou (12,9%) enregistrent les taux de pauvreté les plus bas.

 

Par ailleurs, ces chiffres confirment que la pauvreté est d'abord rurale. En effet, 76,4% des pauvres vivent en milieu rural alors qu'il n'abrite que 50% de la population totale. Ainsi, en 1996, l'incidence de la pauvreté (individuelle) était en moyenne de 68,1% en milieu rural contre 26,8% en milieu urbain.

 

L'extrême pauvreté suit la même différenciation spatiale car, toujours en 1996, la zone rurale comprenait 82,7% de la population dans l'extrême pauvreté, 64, 8% dans la zone pluviale et 17,9% dans la zone du fleuve. Si la pauvreté est, fondamentalement, un phénomène rural, des disparités existent entre le rural fleuve où l'étendue de la pauvreté est de l'ordre de 60% et le rural autre où elle est supérieure à 71 %.

 

Dans ces deux zones, la profondeur de la pauvreté est respectivement de 21,9% et 28,70%. En dépit des progrès réalisés sur les plans économiques et sociaux, en vue d'éradiquer la pauvreté, celle-ci persiste. Ce qui exige un engagement fort des pouvoirs publics dans les différents domaines en collaboration avec tous les acteurs concernés afin d'éliminer la pauvreté.

 

I Rôle des partenaires sociaux dans la lutte contre la pauvreté

Il ne fait aucun doute que c'est précisément le monde du travail qui détient la clé d'une limitation véritable, progressive et durable de la pauvreté. C'est par le travail que chacun peut élargir sa gamme de choix et accéder à une vie meilleure. C'est le travail qui crée la richesse, rend possible sa diffusion et son accumulation.

 

Le travail est le moyen de sortir dignement de la pauvreté.

C'est dans ce cadre que chacun des partenaires à savoir l'Etat, les employeurs et les travailleurs a un rôle important à jouer dans la lutte contre la pauvreté.

 

I.1 L'Etat ­

L'Etat, en tant que gardien des valeurs partagées, veille à la croissance et à la répartition, fournit des services et des biens publics et assure un milieu propice pour la lutte contre la pauvreté

 

I.2 Les employeurs

Les employeurs, en tant que moteur de la création d'emplois, investissent, entreprennent et exploitent de nouveaux marchés sur la base de modèles économiques durables.

 

I.3 Les travailleurs et leurs représentants

Les travailleurs et leurs représentants, en tant que producteurs et défenseurs de leurs droits, s'organisent et tirent pleinement parti du dialogue et de la négociation collective.

 

Il apparaît clair que la pauvreté ne saurait être éliminée sans un engagement tripartite décisif.

 

A cet effet, le tripartisme est probablement l'instrument de développement le plus important que les pays puissent utiliser pour s'approprier les stratégies de réduction de la pauvreté, assurer la stabilité des politiques nationales et l'équité dans la société, ainsi que dans les relations avec les donateurs et les organisations internationales.

 

Notre contribution à l'action nationale et internationale pour l'élimination de la pauvreté est de promouvoir des politiques, des droits, des institutions sociales et des mécanismes de marché qui permettent à chacun de gagner décemment sa vie, de concilier ses responsabilités familiales et son travail pour s'affranchir de la pauvreté. Mais, pour cela, hommes et femmes ont besoin d'un environnement propice.

II Axes stratégiques pour la réduction et/ou l’élimination de la pauvreté

 

Pour réduire notablement la pauvreté, il faut multiplier les actions menées à l'échelle locale dans le monde en développement.

 

A cet effet, il faut briser l'engrenage de la pauvreté et lui substituer une dynamique de création d'opportunités et de richesses au niveau local.

 

L'action en faveur du travail décent fait partie intégrante de la solution. Cette action doit prendre différentes formes et s'articuler autour de priorités spécifiques de manière à aborder tous les aspects de la pauvreté et à tenir compte des particularités des divers groupes. Mais pour qu'elles atteignent leur but, les politiques de lutte contre la pauvreté doivent toujours être axées sur la promotion des droits, la représentation, l'emploi et la protection sociale.

 

Dans ce cadre, les axes prioritaires que notre organisation doit privilégier, pour l'élimination de la pauvreté, doivent tendre vers les actions suivantes :

 

-          Placer les emplois décents au centre des politiques et autres programmes nationaux de réduction de la pauvreté,

-          Organiser une consultation nationale entre les partenaires sociaux dans le but de revoir et/ou élaborer un plan d'action pour la promotion de l'emploi en vue de la réduction de la pauvreté;

-          Promouvoir la mobilisation de tous les acteurs concernés et les principales parties

prenantes au niveau local, régional et international pour les amener à accorder la priorité à la création d'emplois décents en s'attaquant aux causes profondes de la pauvreté,

-          Renforcer les capacités institutionnelles et la bonne gouvernance,

-          Créer un environnement de réglementation propice à l'investissement dans les secteurs productifs,

-          Promouvoir et harmoniser les initiatives régionales sur la réduction de la pauvreté

-          Harmoniser et coordonner la législation du travail et les codes d'investissements en vue d'attirer les investisseurs;

-          Promouvoir l'emploi, particulièrement des groupes vulnérables par la législation et la promotion de projets à forte intensité de main-d'œuvre,

-          Assurer de meilleures conditions de travail et de vie pour tous les travailleurs et travailleuses, comme préalable à la lutte contre la pauvreté ;

-          Développer les ressources humaines et l'accès aux infrastructures essentielles, encourager la micro entreprise, la petite entreprise et le développement des coopératives, respecter les droits fondamentaux au travail,

-          Œuvrer pour la création d'emplois décents, pour l'allégement de la dette, pour une hausse significative de l'aide au développement et de la justice sociale ;

-          Valoriser le potentiel de croissance favorable aux pauvres,

-          Promouvoir l'équité et légalité des chances, en renforçant le niveau de représentation des femmes dans les structures et les processus économiques et politiques de prises de décision

-          Promouvoir l'emploi des jeunes à travers leurs aptitudes à l'innovation.

III Conclusion

 

L’éradication de la pauvreté exige la coordination de politiques portant sur la lutte contre la pauvreté.

 

La valeur de l'approche fondée sur le travail décent est de créer les conditions qui permettront aux gens de se constituer des moyens d'existence durables qui encouragent l'intégration des politiques économiques. Pour que l'engagement politique symbolisé par l'adoption de la déclaration du millénaire profite aux collectivités locales, il est indispensable que le carcan qui enferme les gens dans l’engrenage de pauvreté soit brisé par des mesures pratiques.­

 

En facilitant un dialogue constructif au niveau national, l’approche fondée sur le travail décent fait ressortir les domaines clés dans lesquels les politiques économiques et sociales doivent converger vers l'objectif : l'éradication de la pauvreté. En outre, elle offre un cadre aux stratégies internationales qui reconnaissent les besoins spécifiques des pays en développement dans le contexte   d’une mondialisation à visage humain.

 

On ne pourra guère compter sur une stabilité politique et sociale si une grande partie de la population mondiale non seulement est exclue des avantages de plus en plus visibles de l'intégration économique, mais aussi ne voit guère ou pas de possibilités de ne jamais participer à un système qui lui apparaîtra dès lors discriminatoire et injuste.

 

Notre organisation doit jouer un rôle décisif en élaborant une nouvelle approche qui permettra de s'affranchir de la pauvreté par le travail décent.

 

Nous avons besoin d'une politique nationale et mondiale qui s'attache à mettre un terme à la pauvreté en donnant à chacun la possibilité de travailler dans des conditions d'équité, de sécurité et de dignité. Ce qui suppose que la communauté du travail, représentée par les mandants tripartites doit mobiliser des ressources nécessaires au service d'un effort global concerté pour combattre et vaincre la pauvreté.

 

Le Comité Exécutif

 


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Dernière modification : 20 décembre 2005