UN
APERÇU SUR LA SITUATION DES TRAVAIL LEURS DANS NOTRE PAYS
INTRODUCTION
Au
cours de la réunion des partenaires sociaux (Gouvernement, Patronat et
Travailleurs) tenue à Nouakchott le 27 mai 2004 sous la présidence de Madame
la Ministre de la Fonction Publique et de l'Emploi avec la participation du
Président de la Confédération Nationale du Patronat de Mauritanie et des
Secrétaires Généraux des centrales syndicales de notre pays (UTM, CGTM, CLTM
et USLM), il a été décidé l'ouverture des négociations sur certains
problèmes qui se posent au monde du travail.
La
CGTM se félicite de cette initiative attendue depuis plusieurs années qui ne
manquera pas, espère t-elle, d'apporter des changements significatifs dans
les conditions des travailleurs et dans les rapports entre les partenaires
sociaux en vue de la promotion du dialogue social et des consultations
tripartites.
Certains de nos partenaires semblent être focalisés uniquement sur
l'extension au secteur privé de la dernière augmentation de 28% accordée par
Monsieur le Président de la République. Leur point de vue rejoint une des
préoccupations de la CGTM qui estime cependant qu'il ne faudrait surtout pas
circonscrire toute la problématique à cette seule question des 28%. En
effet, l'application des augmentations des 8 et 10% n'est pas encore
généralisée à tous les secteurs d'activité et d'autres problèmes non moins
importants et voire même plus préoccupants se posent et méritent d'être
solutionnés rapidement.
C'est pour tenter d'apporter sa contribution pour un éclairage permettant
une bonne visibilité de l'ensemble des problèmes afin de les examiner avec
la sérénité requise que la CGTM s'est proposé cette démarche qui consiste
dans un premier temps à caractériser la situation sociale dans le pays de
manière générale, et dans un deuxième temps, à identifier les préoccupations
prioritaires du monde du travail devant bénéficier de toute l'attention des
partenaires sociaux.
I.
CARACTERISATION DE LA SITUATION SOCIALE DANS LE PAYS
Notre pays a connu ces dernières décennies des mutations profondes :
-
Notre population qui était nomade à 70 % dans les années 60, connaît de nos
jours un renversement total de tendance, à cause entre autres de la
sécheresse et de l'envahissement du désert. Ces changements ont entraîné à
leur tour un exode rural massif de masses prolétarisées issues de l'arrière
pays, sans niveau d'instruction ni de formation professionnelle qui sont
venues s'installer de manière anarchique à l'intérieur et à la périphérie
des centres urbains, bouleversant toutes les prévisions de planification.
Ces changements ont eu comme conséquences le développement du chômage, de la
précarité de l'emploi et de la pauvreté.
- A
partir des années 80, avec l'application des politiques d'ajustement
structurel imposées par les Institutions de Breton Woods, politiques axées
sur des privatisation tous azimuts, l'arrêt des recrutements dans la
fonction publique, la diminution du train de vie de l'Etat…etc., quelques
améliorations au niveau des agrégats macro-économiques ont été obtenues
selon les bilans officiels et parmi lesquelles on cite généralement
l'équilibre de la balance des paiements, un taux de croissance avoisinant
les 5 %, la limitation de l'inflation…etc.
-
Nous affirmons de notre coté que pendant la même période, le chômage, la
précarité de l'emploi et la pauvreté se sont accentués, que les salaires
n'ont connu aucune amélioration significative, proportionnellement à la
croissance affirmée et au coût de la vie ; tout le monde convient
aujourd'hui que le pouvoir d'achat des travailleurs et les conditions de
travail connaissent une dégradation sans précédent.
A
titre d'illustration, notre journal Echo-CGTM publié en 1997 un article dans
lequel il montrait, avec enquête à l'appui, que pour permettre à un ménage
modeste de 4 à 5 personnes de vivre dans des conditions tout juste
acceptables, il fallait un revenu mensuel de l'ordre de 46 000 UM, en
considérant que cette famille est soignée dans les dispensaires et les
hôpitaux publics et que les enfants qui ont le privilège d'aller à l'école
fréquentent les établissements publics.
Ce
constat avait bénéficié de l'adhésion de la majorité des participants au
séminaire sur la rénovation de la Fonction Publique organisé par le
Ministère de la Fonction Publique, du Travail, de la Jeunesse et des Sports
en 1998, avec un autre constat qui fait des travailleurs de notre pays les
plus mal payés dans la sous région.
-
Dans le domaine du respect de la législation du travail et malgré la
révision toute récente du code du travail, la situation loin de s'améliorer,
est allée de mal en pis avec la généralisation de la sous traitance, le
refus de certains employeurs d'appliquer la réglementation (élection et/ou
renouvellement des délégués du personnel et même le licenciement de ces
derniers sans l'autorisation préalable de l'inspecteur du travail, le refus
de paiement de droits et autres avantages légalement reconnus aux
travailleurs comme les heures supplémentaires, les congés payés, des primes
et indemnités, le repos hebdomadaire de 48 heures…etc.)
L'administration du travail quant à elle n'arrive pas à jouer son rôle de
garant du respect de la législation par manque de compétences et de moyens ;
une administration sinistrée.
-
Dans le domaine de la protection sociale et qui préoccupe au plus haut point
le monde du travail, la situation n'est pas plus reluisante : le régime
assuré par la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) pour les
travailleurs relevant du code du travail, non seulement ne couvrent pas
toutes les branches souhaitées et avec des prestations très dérisoires, mais
aussi devient aujourd'hui une institution agonisante au grand dam des masses
travailleuses et avec des velléités de sa privatisation qui anime certains
milieux du patronat.
Quant au régime assuré par la Caisse de retraite de l'Etat, il brille comme
le premier par l'insignifiance de ses prestations, mais aussi de l'opacité
de sa gestion.
II.
LES PREOCCUPATIONS PRIORITAIRES DU MONDE DU TRAVAIL
Nous
évoquerons dans cette partie les aspects juridiques et sociaux.
Les
aspects juridiques
1.
L'institution d'un cadre permanent de concertation entre les partenaires
sociaux comme instrument pour la promotion du dialogue social et des
consultations tripartites est indispensable pour impliquer l'ensemble des
acteurs économiques et sociaux dans la recherche de solutions qui préservent
les intérêts de toutes les parties ; et ce cadre doit avoir des rencontres
régulières. La ratification de la convention n°144 de l'OIT relative aux
consultations tripartites et de certaines conventions prioritaires relatives
à l'administration du travail, à la politique de l'emploi et à la protection
des responsables syndicaux, et le respect des dispositions des 8 conventions
fondamentales ratifiées toutes par notre pays contribueront grandement à
améliorer la situation et les relations entre les partenaires sociaux.
2.
Les démarches nécessaires doivent être entreprises pour faire bénéficier à
notre pays, et dans les meilleurs délais, du programme du BIT dénommé
Prodiaf (Programme de Renforcement du Dialogue en Afrique entre partenaires
sociaux)
Les
aspects sociaux
Au
vu des annonces officielles, le taux de croissance dans notre pays serait
cette année de 6%. Les travailleurs ne voient aucun impact positif de cette
croissance sur leurs conditions de vie et de travail : le pouvoir d'achat
est en chute libre depuis plusieurs années, pendant que les prix des denrées
de première nécessité et services de base connaissent une flambée
injustifiée, conséquence d'un libéralisme sauvage qui écrase les plus
démunis.
En
conséquence de tout cela, il est urgent d'améliorer de façon substantielle
le pouvoir d'achat des travailleurs par :
1.
Une augmentation des salaires au prorata du coût de la vie ;
2.
La généralisation à tous les secteurs d'activités des augmentations de 8, 10
et 28% accordées par le Président de la République ;
3.
La revalorisation du SMIG (celui en vigueur et qui date de 1974 est 4312 UM)
;
4.
La suppression de l'ITS qui constitue un lourd fardeau pour les travailleurs
en grevant de manière démesurée leur maigre salaire ;
5.
Une revue systématique de la politique de protection sociale dans notre pays
;
6.
Une politique de régulation des prix des denrées de première nécessité à
laquelle les travailleurs doivent être associés.
CONCLUSION
Les
négociations attendues ne sont pas seulement une affaire des directions des
centrales syndicales mais de tous les travailleurs. Ces derniers doivent par
conséquent se mobiliser pour apporter leurs contributions, chacun dans le
cadre de son secteur d'activité et où qu'il se trouve.
Soucieuse de la préservation de la paix sociale, condition indispensable à
tout développement durable, la CGTM invite tous les partenaires à s'armer
d'une réelle volonté de discuter des problèmes pour aboutir à des résultats
positifs et concrets que les travailleurs attendent impatiemment.
Elle
formule enfin le souhait que ces négociations soient le point de départ
d'une nouvelle politique pour la promotion du dialogue social et des
consultations tripartites permanentes qui, si elles se réalisent, ne
manqueront d'influer positivement sur la situation économique et sociale du
pays et d'améliorer significativement les conditions de vie et de travail en
particulier.
Nouakchott le 19 juin 2004
Le
Comité Exécutif
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